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La règle des 4 % appliquée à un capital garanti : combien de revenu mensuel tirer de 100 000 € sans l'entamer

« Avec 100 000 €, vous pouvez retirer environ 330 € par mois sans toucher au capital. » La phrase circule en rendez-vous — y compris dans notre propre bouche — et elle mélange deux choses distinctes : une règle américaine conçue pour un portefeuille en actions qui peut être consommé en 30 ans, et l'idée de vivre du rendement d'un placement garanti. Voici ce que chacune promet exactement, ce que 100 000 € rapportent réellement chaque mois en septembre 2026 selon le support, et ce que devient un capital « intact » après vingt ans d'inflation.

Par Alexandre Pollet — Publié le 18 septembre 2026 · PlacementGaranti

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Le besoin est l'un des plus fréquents que nous rencontrons : un capital issu de la vente d'une entreprise, d'un bien ou d'une épargne longue, et l'envie d'en tirer un complément de revenu régulier sans jamais l'entamer. Le chiffre qui circule pour y répondre — 4 % par an, soit 330 € par mois pour 100 000 € — a une origine précise, une promesse précise, et des conditions précises. Aucune des trois ne correspond à un placement garanti français. Cet article remet chaque élément à sa place, puis chiffre ce qui est réellement disponible.

D'où vient la règle des 4 %, et ce qu'elle promet exactement

La règle est née dans un article de William Bengen, « Determining Withdrawal Rates Using Historical Data », publié dans le Journal of Financial Planning en octobre 1994. Bengen simule, pour chaque année de départ en retraite depuis 1926, un portefeuille composé pour moitié d'actions américaines et pour moitié d'obligations d'État à moyen terme, sur lequel le retraité prélève un pourcentage du capital initial la première année, puis le même montant revalorisé de l'inflation les années suivantes. Sa conclusion : un prélèvement initial de 4 % aurait permis, dans tous les cas historiques, de tenir au moins 30 ans — le pire cas étant un départ à la fin des années 1960, juste avant la stagflation. Il baptisera plus tard ce taux « SAFEMAX », le taux de retrait maximal ayant survécu au pire scénario historique.

Quatre ans plus tard, trois professeurs de l'université Trinity (Cooley, Hubbard et Walz, « Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable », AAII Journal, février 1998) confirment sur les données 1926-1995 qu'un retrait de 4 % indexé sur l'inflation, avec 50 % d'actions, aurait réussi dans 95 % des périodes de 30 ans. Morningstar actualise l'exercice chaque année depuis 2021 avec des hypothèses prospectives plutôt qu'historiques : son rapport State of Retirement Income 2025 retient 3,9 % pour un horizon de 30 ans avec 30 à 50 % d'actions (contre 3,7 % en 2024 et 3,3 % lors de sa première édition en 2021). Bengen lui-même, dans un livre paru en août 2025, relève sa propre estimation à 4,7 % — mais pour un portefeuille à 55 % d'actions très diversifié (petites et moyennes capitalisations, international), et toujours comme pire cas historique américain.

Les quatre références de la règle des 4 % — ce que chacune mesure réellement
Bengen (1994)
Journal of Financial Planning
Taux de retrait retenu
4 % (SAFEMAX)
Portefeuille
50 % actions US / 50 % obligations d'État
Horizon
30 ans
Retraits
Indexés sur l'inflation
Sort du capital
Peut être épuisé en année 30
Données
États-Unis, 1926-1992
Trinity (1998)
Cooley, Hubbard, Walz
Taux de retrait retenu
4 % → 95 % de succès
Portefeuille
50 % actions / 50 % obligations
Horizon
30 ans
Retraits
Indexés sur l'inflation
Sort du capital
Épuisé dans 5 % des cas avant 30 ans
Données
États-Unis, 1926-1995
Morningstar (2025)
State of Retirement Income
Taux de retrait retenu
3,9 %
Portefeuille
30 à 50 % d'actions
Horizon
30 ans
Retraits
Indexés sur l'inflation
Sort du capital
90 % de probabilité de tenir 30 ans
Données
Prospectives (US)
Bengen (2025)
A Richer Retirement
Taux de retrait retenu
4,7 %
Portefeuille
55 % d'actions, très diversifiées
Horizon
30 ans
Retraits
Indexés sur l'inflation
Sort du capital
Peut être épuisé en année 30
Données
États-Unis

Sources primaires ou secondaires convergentes : article de Bengen (1994) et étude Trinity (1998) consultés directement ; Morningstar 2025 et Bengen 2025 recoupés sur plusieurs sources secondaires. Aucune de ces quatre références ne garantit un capital intact au terme, et aucune ne porte sur un placement à capital garanti.

Ce que la règle ne promet pas : un capital intact

Trois écarts séparent la règle telle qu'elle a été construite de la manière dont elle est souvent citée. D'abord, le capital n'est pas préservé : le critère de succès est que le portefeuille ne tombe pas à zéro avant la trentième année. Un retraité qui termine ses 30 ans avec 1 € compte comme un succès. Ensuite, le retrait est indexé sur l'inflation chaque année : 4 000 € la première année, puis 4 096 € l'année suivante à 2,4 % d'inflation, 4 952 € au bout de dix ans, 6 277 € au bout de vingt. Un revenu fixe de 4 000 € par an n'est pas « la règle des 4 % », c'est un revenu qui perd 2,4 % de pouvoir d'achat par an. Enfin, le portefeuille sous-jacent est à moitié en actions — dont la valeur a baissé de plus de moitié en 2008-2009, comme nous le rappelons dans notre comparatif Capital Garanti contre actions cotées. Le rendement qui finance les 4 % est un rendement moyen espéré, pas un rendement contractuel.

« Ne jamais entamer le capital » est donc un objectif différent de celui de la règle — souvent un objectif de transmission, parfois un objectif de sécurité psychologique. Il appelle un autre calcul, que nous détaillons plus bas : le rendement net d'un placement dont la valeur ne peut pas baisser, retiré chaque année, sans indexation. Avant d'y venir, un détour s'impose par la seule étude qui ait testé la règle sur les données françaises.

Transposée aux données françaises, la règle échoue : l'étude Pfau (2010)

Wade Pfau, alors professeur au National Graduate Institute for Policy Studies de Tokyo, a publié en décembre 2010 dans le Journal of Financial Planning « An International Perspective on Safe Withdrawal Rates: The Demise of the 4 Percent Rule? ». Il rejoue la méthode de Bengen sur 109 années de données Dimson-Marsh-Staunton (1900-2008) pour 17 pays développés, avec une hypothèse volontairement généreuse : chaque retraité est supposé connaître d'avance l'allocation actions/obligations/monétaire qui maximisera son taux de retrait sur les 30 années suivantes, sans frais de gestion. Même ainsi, seuls 4 pays sur 17 affichent un SAFEMAX supérieur à 4 % — le Canada, la Suède, le Danemark et les États-Unis. Et pour un portefeuille figé à 50 % d'actions et 50 % d'obligations, l'auteur constate que le retrait de 4 % aurait échoué à un moment ou à un autre dans les 17 pays sans exception.

Taux de retrait maximal soutenable sur 30 ans (SAFEMAX), retraites 1900-1979 — extrait du tableau 3 de Pfau (2010)
États-Unis
Référence de la règle
SAFEMAX (pire année de départ)
4,02 % (départ 1969)
Retrait à 4 % : durée du pire cas
30 ans
Retrait à 4 % : part des départs en échec avant 30 ans
0 %
Retrait à 5 % : part des départs en échec
22,5 %
Inflation moyenne 1900-2008 (géométrique)
2,98 % / an
Rendement réel des obligations d'État 1900-2008
+ 2,12 % / an
Canada
Meilleur des 17 pays
SAFEMAX (pire année de départ)
4,42 % (départ 1969)
Retrait à 4 % : durée du pire cas
30 ans
Retrait à 4 % : part des départs en échec avant 30 ans
0 %
Retrait à 5 % : part des départs en échec
8,8 %
Inflation moyenne 1900-2008 (géométrique)
3,07 % / an
Rendement réel des obligations d'État 1900-2008
+ 2,10 % / an
France
Données DMS 1900-2008
SAFEMAX (pire année de départ)
1,25 % (départ 1943)
Retrait à 4 % : durée du pire cas
7 ans
Retrait à 4 % : part des départs en échec avant 30 ans
42,5 %
Retrait à 5 % : part des départs en échec
71,3 %
Inflation moyenne 1900-2008 (géométrique)
7,32 % / an
Rendement réel des obligations d'État 1900-2008
− 0,20 % / an
Japon
Pire des 17 pays
SAFEMAX (pire année de départ)
0,47 % (départ 1940)
Retrait à 4 % : durée du pire cas
3 ans
Retrait à 4 % : part des départs en échec avant 30 ans
37,5 %
Retrait à 5 % : part des départs en échec
40 %
Inflation moyenne 1900-2008 (géométrique)
7,17 % / an
Rendement réel des obligations d'État 1900-2008
− 1,19 % / an

Source primaire consultée : tableaux 2 et 3 de l'article de Pfau (Journal of Financial Planning, décembre 2010), calculs de l'auteur sur données Dimson-Marsh-Staunton. Hypothèses : prévoyance parfaite sur l'allocation, 30 ans de retraits indexés, aucuns frais. L'Italie (1,56 %), la Belgique (1,46 %) et l'Allemagne (1,14 %) se situent dans la même zone que la France.

La lecture pour un épargnant français est sans ambiguïté : le chiffre de 4 % est une propriété des marchés américains du XXᵉ siècle, pas une loi de la finance. La France a traversé deux guerres, une inflation moyenne de 7,32 % par an sur le siècle et un rendement réel négatif de ses obligations d'État sur la même période. Le pire retraité français de l'échantillon, parti en 1943, n'aurait pu prélever que 1,25 % par an en préservant 30 ans de revenus — et celui qui aurait appliqué les 4 % américains aurait épuisé son capital en sept ans. Pfau lui-même précise que les pires résultats sont liés aux guerres mondiales et qu'on peut espérer ne plus les revoir ; il ajoute que les hypothèses retenues (allocation optimale connue d'avance, zéro frais) gonflent déjà les chiffres. Aucune raison, donc, de citer 4 % comme une norme applicable en France sans préciser d'où il vient.

Sur un placement garanti, la question change : vivre du rendement

Un placement à capital garanti ne pose pas la question de la survie du portefeuille : sa valeur ne baisse pas (dans le cadre de sa garantie, que nous détaillons dans Qui garantit quoi). La question devient donc purement arithmétique : quel est le rendement net d'impôt que je peux retirer chaque année en laissant le nominal intact ? Le tableau suivant le chiffre pour 100 000 € détenus par une personne seule, aux conditions de marché de septembre 2026 telles que nous les utilisons sur l'ensemble du site — le comparatif de fond entre ces supports se trouve dans Capital Garanti vs Fonds Euros vs Compte à terme.

100 000 € placés sans risque de perte, personne seule — revenu annuel net la première année, septembre 2026
Fonds euros
2,8 % net de frais, en assurance-vie
Rendement brut
2 800 €
Frais de gestion du contrat
Déjà déduits du taux
Fiscalité l'année 1
PS 17,2 % : − 482 €
Revenu net annuel
2 318 €
Soit par mois
≈ 193 €
Disponibilité du capital
Sous 72 h
Compte à terme
3,2 % brut, compte-titres bancaire
Rendement brut
3 200 €
Frais de gestion du contrat
Aucun
Fiscalité l'année 1
Flat Tax 31,4 % : − 1 005 €
Revenu net annuel
2 195 €
Soit par mois
≈ 183 €
Disponibilité du capital
À l'échéance (pénalité avant)
Capital Garanti
5 % en compte-titres
Rendement brut
5 000 €
Frais de gestion du contrat
Aucun (droits de garde ignorés)
Fiscalité l'année 1
Flat Tax 31,4 % : − 1 570 €
Revenu net annuel
3 430 €
Soit par mois
≈ 286 €
Disponibilité du capital
Garanti à l'échéance seulement (8-10 ans), valeur fluctuante avant
Capital Garanti
5 % en assurance-vie
Rendement brut
5 000 €
Frais de gestion du contrat
− 850 € (0,85 %)
Fiscalité l'année 1
PS 17,2 % sur 4 % du retrait : − 28 €
Revenu net annuel
4 122 €
Soit par mois
≈ 343 €
Disponibilité du capital
Idem, avec l'avance comme porte de sortie

Calculs dérivés du cabinet, hypothèses de marché septembre 2026 (taux de référence du site). Livret A et LDDS exclus : à 1,7 %, ils ne peuvent accueillir que 34 950 € par personne (594 € nets par an) et n'apportent pas de réponse pour 100 000 €. Avec la moyenne de marché plutôt qu'un bon contrat, les chiffres baissent : fonds euros à 2,6 % (moyenne 2025 publiée par France Assureurs et confirmée par l'ACPR) → 2 153 € soit 179 €/mois ; compte à terme à 2,49 % (taux moyen Banque de France, juillet 2026) → 1 708 € soit 142 €/mois. Contrat d'assurance-vie supposé ouvert depuis plus de 8 ans ; avant 8 ans, l'impôt sur le revenu ajoute quelques dizaines d'euros par an (21 € la première année).

Deux enseignements. Le premier est que les « 330 € par mois » entendus en rendez-vous ne sont atteignables, en septembre 2026, qu'avec un Capital Garanti à 5 % logé en assurance-vie — un produit à échéance longue, garanti par un émetteur bancaire au terme, dont la valeur de rachat fluctue en cours de vie. Ni le fonds euros, ni le compte à terme, ni même le Capital Garanti détenu en compte-titres n'y parviennent. Le second est que la fiscalité fait, à rendement égal, presque 700 € de différence par an entre compte-titres et assurance-vie la première année — pas grâce à un taux d'imposition plus bas au sens strict, mais grâce au mécanisme du prorata, qui mérite sa propre section.

Le prorata d'assurance-vie : pourquoi le revenu net baisse lentement, année après année

En assurance-vie, un retrait n'est jamais imposé sur sa totalité : seule la quote-part de gains qu'il contient l'est, au prorata des gains accumulés dans le contrat — un calcul détaillé dans notre article sur la fiscalité du rachat partiel et total. Quand on retire chaque année exactement le rendement de l'année, le contrat revient à 100 000 € après chaque retrait, mais sa composition change : une part croissante de ces 100 000 € est constituée de gains, et une part décroissante de capital versé. La quote-part taxable de chaque retrait augmente donc lentement, sans jamais atteindre 100 %.

Capital Garanti à 5 % en assurance-vie (0,85 % de frais), 100 000 €, retrait annuel de 4 150 € — quote-part taxable et revenu net dans le temps
Année 1
Quote-part de gains dans le retrait
4 %
Part taxable
166 €
Impôt sur le revenu (après 8 ans, abattement 4 600 €)
0 €
Prélèvements sociaux 17,2 %
− 28 €
Revenu net annuel
4 122 €
Soit par mois
343 €
Année 5
Quote-part de gains dans le retrait
18 %
Part taxable
764 €
Impôt sur le revenu (après 8 ans, abattement 4 600 €)
0 €
Prélèvements sociaux 17,2 %
− 131 €
Revenu net annuel
4 019 €
Soit par mois
335 €
Année 10
Quote-part de gains dans le retrait
33 %
Part taxable
1 386 €
Impôt sur le revenu (après 8 ans, abattement 4 600 €)
0 €
Prélèvements sociaux 17,2 %
− 238 €
Revenu net annuel
3 912 €
Soit par mois
326 €
Année 20
Quote-part de gains dans le retrait
56 %
Part taxable
2 311 €
Impôt sur le revenu (après 8 ans, abattement 4 600 €)
0 €
Prélèvements sociaux 17,2 %
− 397 €
Revenu net annuel
3 753 €
Soit par mois
313 €
Année 30
Quote-part de gains dans le retrait
70 %
Part taxable
2 926 €
Impôt sur le revenu (après 8 ans, abattement 4 600 €)
0 €
Prélèvements sociaux 17,2 %
− 503 €
Revenu net annuel
3 647 €
Soit par mois
304 €

Calcul dérivé du cabinet : chaque retrait emporte la même proportion de gains que celle du contrat au jour du retrait, la fraction de gains restante se cumulant avec le rendement de l'année suivante. Contrat de plus de 8 ans, personne seule : la part taxable reste toute la vie du contrat sous l'abattement annuel de 4 600 € (article 125-0 A du CGI), donc aucun impôt sur le revenu n'est dû — seuls les prélèvements sociaux, qui n'en bénéficient jamais. Rendement supposé constant sur 30 ans, ce qui suppose de reconduire le Capital Garanti à chaque échéance au même taux — une hypothèse, pas une garantie.

Le mécanisme est favorable, mais il faut le lire jusqu'au bout : le revenu net perd environ 1 € par mois et par an, en euros nominaux, sans que rien ait changé dans le contrat. Il faut aussi noter ce que le tableau suppose et que la réalité ne garantit pas — un coupon de 5 % reconduit trois fois sur trente ans, alors qu'un Capital Garanti est un produit à échéance dont le taux de la prochaine émission n'est connu qu'à l'échéance de la précédente. Le risque de réinvestissement, que nous chiffrons dans l'article sur la durée d'un produit structuré, s'applique intégralement ici.

L'inflation : le capital « intact » qui ne l'est pas

Vivre du rendement sans indexer son revenu laisse le nominal intact et laisse l'inflation faire son travail sur le capital comme sur le revenu. L'inflation française d'août 2026 ressort à 2,4 % en donnée provisoire (INSEE), et la Banque centrale européenne projette 3,0 % pour la zone euro sur l'année — deux chiffres que nous détaillons dans notre article sur la hausse des taux de septembre 2026. À 2,4 % par an, le tableau suivant montre ce que valent, en pouvoir d'achat d'aujourd'hui, des 100 000 € laissés « intacts » et le revenu fixe qu'ils produisent.

100 000 € nominaux laissés intacts, revenu fixe non indexé — pouvoir d'achat à 2,4 % d'inflation par an
Aujourd'hui
Capital nominal au contrat
100 000 €
Pouvoir d'achat de ce capital (euros d'aujourd'hui)
100 000 €
Capital nominal qu'il faudrait pour conserver le pouvoir d'achat
100 000 €
Revenu de 4 000 €/an — pouvoir d'achat
4 000 €
Dans 10 ans
Capital nominal au contrat
100 000 €
Pouvoir d'achat de ce capital (euros d'aujourd'hui)
≈ 78 900 €
Capital nominal qu'il faudrait pour conserver le pouvoir d'achat
≈ 126 800 €
Revenu de 4 000 €/an — pouvoir d'achat
≈ 3 160 €
Dans 20 ans
Capital nominal au contrat
100 000 €
Pouvoir d'achat de ce capital (euros d'aujourd'hui)
≈ 62 200 €
Capital nominal qu'il faudrait pour conserver le pouvoir d'achat
≈ 160 700 €
Revenu de 4 000 €/an — pouvoir d'achat
≈ 2 490 €

Calcul dérivé (actualisation à 2,4 % par an, taux d'inflation provisoire d'août 2026 maintenu constant — une hypothèse de travail, pas une prévision). Une inflation durablement à 3 %, niveau projeté par la BCE pour la zone euro en 2026, ferait tomber le pouvoir d'achat du capital à environ 55 400 € au bout de 20 ans.

Pour conserver à la fois le pouvoir d'achat du capital et en tirer 4 % de revenu, il faudrait un rendement net d'impôt de 6,4 % par an (4 % + 2,4 %) — soit environ 7,7 % brut en assurance-vie après prélèvements sociaux, et 9,3 % brut en compte-titres après Flat Tax. Aucun placement garanti ne l'offre en 2026, et tout produit qui l'afficherait avec le mot « garanti » relèverait de la catégorie que nous décrivons dans notre article sur les arnaques au placement garanti. Le calcul inverse est plus utile : si l'on décide de préserver le pouvoir d'achat du capital, le revenu réel prélevable sur un Capital Garanti à 5 % n'est que d'environ 1 % par an après frais, prélèvements sociaux et inflation — de l'ordre de 86 € par mois pour 100 000 €. Sur un fonds euros à 2,8 % ou un compte à terme à 3,2 %, il est nul : leur rendement net d'impôt est inférieur ou égal à l'inflation.

Il n'y a pas de bonne réponse cachée derrière ce constat, seulement un arbitrage à rendre explicite : un revenu de 343 € par mois aujourd'hui qui vaudra 2 490 € par an en pouvoir d'achat dans vingt ans, ou un revenu de 86 € par mois qui gardera sa valeur. La plupart de nos clients de plus de 70 ans choisissent, en connaissance de cause, la première option — parce que leur horizon de dépense n'est pas de trente ans, et parce que le capital est d'abord destiné à être transmis.

Trois façons de transformer 100 000 € en revenu, comparées

Le besoin « un revenu régulier à partir d'un capital » admet trois réponses de nature différente, qui ne se comparent pas seulement au montant mensuel. La rente viagère mérite d'y figurer parce qu'elle est, à 70 ans, celle qui verse le plus — au prix de la disparition du capital.

100 000 €, personne seule de 70 ans, septembre 2026 — trois mécaniques de revenu
Vivre du rendement garanti
Capital Garanti 5 % en assurance-vie
Revenu mensuel net initial
≈ 343 €
Indexation sur l'inflation
Non
Capital au bout de 20-30 ans
100 000 € nominaux (≈ 62 200 € réels à 20 ans)
Transmissible au décès
Oui, via la clause bénéficiaire
Qui garantit le revenu
L'émetteur du Capital Garanti, à l'échéance
Fiscalité
PS 17,2 % sur la quote-part de gains ; IR nul sous l'abattement après 8 ans
Réversibilité
Oui — rachat, avance, arrêt des retraits
Règle des 4 %
Portefeuille 50 % actions / 50 % obligations
Revenu mensuel net initial
≈ 333 € (4 000 €/an bruts, avant fiscalité)
Indexation sur l'inflation
Oui, par construction
Capital au bout de 20-30 ans
Peut être nul à 30 ans ; historiquement épuisé en 7 ans dans le pire cas français
Transmissible au décès
Oui, ce qui reste
Qui garantit le revenu
Personne — rendement espéré
Fiscalité
Selon l'enveloppe (assurance-vie, compte-titres, PEA)
Réversibilité
Oui
Rente viagère
Conversion du capital à 70 ans
Revenu mensuel net initial
≈ 400 à 450 €
Indexation sur l'inflation
Rarement, et au prix d'une rente initiale plus faible
Capital au bout de 20-30 ans
Aliéné dès le jour 1
Transmissible au décès
Non, sauf réversion ou annuités garanties
Qui garantit le revenu
L'assureur, jusqu'au décès
Fiscalité
30 % de la rente imposable au barème + PS sur cette fraction (art. 158-6 CGI)
Réversibilité
Aucune

Rente viagère : ordre de grandeur issu de simulateurs publics (taux de conversion autour de 5,7 % du capital à 70 ans, taux technique proche de 1 %), pas une donnée officielle — seul un devis nominatif de l'assureur fait foi, et les options (réversion, annuités garanties) réduisent le montant. Sur une rente de 5 700 € par an, la fraction imposable de 30 % applicable dès 70 ans (BOFiP BOI-RSA-PENS-30-20) donne, après prélèvements sociaux de droit commun et impôt, environ 448 € nets par mois pour un foyer non imposable et 433 € pour une tranche à 11 %. Le capital nominal n'est « récupéré » qu'au bout d'environ 17,5 ans de versements.

La rente viagère est le seul des trois mécanismes qui garantisse un revenu jusqu'au décès quelle que soit la longévité — un point qui pèse lourd quand l'INSEE mesure, dans son bilan démographique 2025, une espérance de vie à 65 ans de 20,0 ans pour un homme et de 23,6 ans pour une femme. Mais elle répond à une question (« et si je vis très longtemps ? ») que le client qui veut « ne pas entamer le capital » ne pose généralement pas : sa question est celle de la transmission, et la rente y répond par la négative. Nous détaillons cet arbitrage, transposable au PER, dans rente viagère ou capital à la sortie.

À 70 ans, 100 000 € et un besoin de 330 € par mois : ce qui est réaliste

Reprenons la situation type qui motive cet article : 70 ans, 100 000 € issus d'une vente, aucune envie d'immobiliser la totalité, une mauvaise expérience récente sur des produits non garantis, et un objectif de 330 € par mois sans toucher au capital. Ce qui est réaliste en septembre 2026 tient en quatre points.

Le montant est atteignable, mais avec un seul type de support. Seul un Capital Garanti à 5 % en assurance-vie produit 343 € nets par mois la première année, en s'érodant vers 313 € au bout de vingt ans. C'est un produit à échéance de 8 à 10 ans, à capital garanti au terme par un émetteur bancaire dont la solidité se vérifie — voir les risques du Capital Garanti —, et dont la valeur de rachat fluctue avant le terme. Les supports totalement liquides et totalement garantis en cours de vie (fonds euros, compte à terme) plafonnent autour de 180 à 195 € par mois.

La totalité n'a pas à être immobilisée. La construction que nous détaillons dans Placer 100 000 € sans risque — un tampon disponible sous 72 h, une poche datée courte, une poche longue — s'applique à l'identique quand l'objectif est un revenu plutôt qu'un capital à 10 ans. Avec 40 000 € en fonds euros et 60 000 € en Capital Garanti, le revenu net de la première année ressort à environ 927 € + 2 473 € = 3 400 € par an, soit 283 € par mois — moins que les 343 € du tout Capital Garanti, mais avec 40 % du capital disponible en trois jours. Sur le reste, l'avance répond à un besoin imprévu sans rachat ni fiscalité.

La mise en place technique passe par le rachat partiel programmé, dont nous avons détaillé le coût et le calibrage dans l'article dédié : un montant mensuel fixé sous le rendement net du contrat, revu chaque année, plutôt qu'un virement automatique lancé sur un chiffre rond. Le tableau du prorata ci-dessus est exactement ce calcul, appliqué sur trente ans.

« Ne pas entamer le capital » est le plus souvent un objectif de transmission, et cela change le choix de l'enveloppe. Des versements effectués après 70 ans sur une assurance-vie relèvent d'un régime successoral différent de ceux effectués avant — un abattement global de 30 500 € sur les primes, les gains restant hors succession — que nous analysons dans Verser sur une assurance-vie après 70 ans. Un vieux contrat ouvert il y a quinze ans, même peu alimenté, conserve lui son antériorité fiscale et son régime d'avant 70 ans pour les primes déjà versées : avant de l'abandonner, il faut vérifier ce qu'il peut encore recevoir, comme nous l'expliquons dans Transférer une vieille assurance-vie.

Les risques que nous nommons sur un revenu tiré d'un capital garanti
  • L'érosion réelle d'un capital nominalement intact
    C'est le risque que personne ne voit sur un relevé : 100 000 € restent 100 000 €, mais leur pouvoir d'achat baisse de 21 % en dix ans et de 38 % en vingt ans à 2,4 % d'inflation. Un revenu non indexé subit exactement la même érosion. Ce n'est pas une raison de renoncer au capital garanti, c'est une raison de l'écrire noir sur blanc avant de choisir.
  • Le risque de réinvestissement à chaque échéance
    Les 343 € mensuels reposent sur un coupon de 5 % verrouillé 8 à 10 ans. À l'échéance, le capital revient à 100 % et doit être replacé aux conditions du moment, inconnues aujourd'hui. Le tableau sur trente ans suppose trois reconductions au même taux — une hypothèse de calcul, pas une promesse.
  • Le risque émetteur, indépendant du montant retiré
    La garantie d'un Capital Garanti est celle d'un émetteur bancaire à l'échéance, sans fonds de garantie derrière elle. Sur 100 000 € concentrés sur une seule signature, la diversification entre émetteurs est la seule protection contre ce risque — un point traité dans notre article sur la concentration sur un seul émetteur.
  • La confusion entre « règle des 4 % » et « vivre des intérêts »
    Les deux donnent le même chiffre initial pour 100 000 € et ne promettent pas la même chose : l'une un revenu indexé sur un portefeuille en actions qui peut s'épuiser, l'autre un revenu fixe sur un capital garanti qui s'érode. Appliquer les 4 % indexés à un Capital Garanti à 5 % épuise le capital nominal en trente ans (88 400 € à dix ans, 58 200 € à vingt, zéro à trente, dans notre calcul frais et prélèvements sociaux compris) — c'est exactement ce que la règle prévoit, et exactement ce que le client ne veut pas.
  • La dérive fiscale silencieuse du prorata
    La quote-part taxable de chaque retrait passe de 4 % à 56 % en vingt ans sans que rien ne change dans le contrat. Pour une personne seule sous l'abattement de 4 600 €, l'impôt sur le revenu reste nul ; pour un contrat plus important ou un couple dont les deux contrats retirent en même temps, le franchissement de l'abattement — ou du seuil de 150 000 € de primes qui fait passer le taux réduit de 7,5 % à 12,8 % — peut arriver sans avertissement.

Ce qu'il faut retenir

La règle des 4 % est une règle de consommation d'un portefeuille en actions sur trente ans, calibrée sur le meilleur siècle boursier de l'histoire, celui des États-Unis ; sur les données françaises, son équivalent historique est de 1,25 %. Elle ne dit rien sur un capital garanti, et rien sur un capital intact. Vivre du rendement d'un placement garanti est un objectif différent et légitime, qui rapporte en septembre 2026 entre 142 € et 343 € nets par mois pour 100 000 € selon le support, l'assurance-vie faisant presque toute la différence par son prorata et son abattement. Ce revenu n'est pas indexé, et le capital laissé intact perd un peu plus du tiers de sa valeur réelle en vingt ans : c'est le prix, connu et chiffrable, de la garantie — à comparer, sans le cacher, à celui d'une rente viagère qui verse davantage mais ne transmet rien, et à celui d'un portefeuille en actions qui indexe mais ne garantit pas.

Questions fréquentes

La règle des 4 % permet-elle de ne jamais toucher au capital ?+

Non, et ce n'est pas ce qu'elle promet. Dans sa formulation d'origine (Bengen, 1994), elle garantit qu'un portefeuille 50 % actions / 50 % obligations américaines aurait survécu à 30 années de retraits indexés sur l'inflation dans le pire cas historique — le capital pouvant être entièrement consommé à la trentième année. « Ne jamais entamer le capital » est un objectif différent, qui appelle un autre calcul : vivre du seul rendement net d'un placement, en acceptant que ce capital perde chaque année du pouvoir d'achat.

Combien rapportent 100 000 € par mois, sans risque de perte, en septembre 2026 ?+

Entre 142 € et 343 € par mois nets selon le support, pour une personne seule : environ 142 à 183 € sur un compte à terme (2,49 % à 3,2 % brut, fiscalisé à 31,4 %), 179 à 193 € sur un fonds euros (2,6 % à 2,8 %, prélèvements sociaux de 17,2 %), 286 € pour un Capital Garanti à 5 % détenu en compte-titres, et 343 € la première année pour le même Capital Garanti logé en assurance-vie après 0,85 % de frais de gestion — un chiffre qui descend lentement vers 313 € par mois au bout de 20 ans sous l'effet du prorata fiscal. Le Livret A et le LDDS ne peuvent pas accueillir 100 000 € (34 950 € de plafond cumulé pour une personne).

Pourquoi 330 € par mois nets sur 100 000 € ne sont réalistes qu'en assurance-vie ?+

Parce que le même coupon de 5 % perd 31,4 % chaque année en compte-titres (Flat Tax de droit commun depuis le 1ᵉʳ janvier 2026), alors qu'en assurance-vie seule la quote-part de gains contenue dans chaque retrait est taxable — 4 % du retrait la première année, 56 % au bout de vingt ans — aux seuls prélèvements sociaux de 17,2 % après 8 ans, l'abattement annuel de 4 600 € absorbant l'impôt sur le revenu. L'écart net atteint près de 700 € par an la première année, malgré 0,85 % de frais de gestion retenus dans notre calcul côté assurance-vie.

Le capital reste-t-il vraiment intact si je ne retire que les intérêts ?+

En euros nominaux, oui : 100 000 € restent inscrits au contrat. En pouvoir d'achat, non : avec l'inflation constatée en France en août 2026 (2,4 % en donnée provisoire), ces 100 000 € n'achètent plus que l'équivalent de 78 900 € d'aujourd'hui au bout de 10 ans et de 62 200 € au bout de 20 ans. Conserver le pouvoir d'achat du capital et en tirer 4 % par an supposerait un rendement net d'impôt de 6,4 % — soit 7,7 % brut en assurance-vie et 9,3 % brut en compte-titres — qu'aucun placement garanti n'offre en 2026.

La règle des 4 % s'applique-t-elle aux données françaises ?+

Non. L'étude de Wade Pfau publiée dans le Journal of Financial Planning en décembre 2010, sur 109 années de données Dimson-Marsh-Staunton (1900-2008) pour 17 pays développés, calcule pour la France un taux de retrait maximal soutenable de 1,25 % dans le pire cas historique (départ en retraite en 1943), contre 4,02 % pour les États-Unis. Un retrait de 4 % aurait échoué avant 30 ans dans 42,5 % des années de départ françaises, et le pire retraité n'aurait tenu que 7 ans. Deux guerres et une inflation moyenne de 7,32 % par an sur le siècle expliquent l'écart.

Rente viagère ou revenu du capital : que choisir à 70 ans ?+

La rente viagère verse davantage — de l'ordre de 5 à 6 % du capital aliéné par an à 70 ans selon les simulateurs publics, soit environ 400 à 450 € nets par mois pour 100 000 €, avec seulement 30 % de son montant imposable après 69 ans (article 158-6 du CGI) — et jusqu'au décès, quelle que soit la longévité. Mais le capital est définitivement cédé à l'assureur : plus de transmission (sauf réversion ou annuités garanties, qui réduisent la rente) et aucune marche arrière. Vivre du rendement conserve le capital et sa transmission, au prix d'un revenu plus faible et non indexé. Le choix dépend d'abord de l'existence d'héritiers, pas du seul montant mensuel.

Faut-il bloquer son argent 8 ou 10 ans pour obtenir ce revenu ?+

Le Capital Garanti qui produit le meilleur revenu net est un produit à échéance, généralement 8 à 10 ans, dont la valeur de rachat fluctue en cours de vie et dont la garantie ne joue qu'au terme. Un besoin imprévu se traite par l'avance sur assurance-vie (un prêt garanti par le contrat, sans rachat ni fiscalité) plutôt que par une sortie anticipée. Notre pratique : ne jamais y placer la totalité d'un capital — un tampon disponible sous 72 h et une poche datée à court terme précèdent toujours la poche longue.

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