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Faire vérifier une allocation qui contient un ETF All WeatherUn lecteur de 66 ans, retraité et sans enfant, nous a contactés après avoir vu une vidéo. Il dispose d'environ 500 000 € issus de la vente de biens immobiliers, posés sur un compte à terme arrivé à échéance qui rapporte à peine 1,5 % — quand le marché offre autour de 3,2 % en septembre 2026. Son objectif tient en deux lignes : sécuriser ce capital et le transmettre à ses neveux. Cinq pour cent par an lui suffiraient ; il accepterait qu'une moitié soit un peu plus dynamique, mais refuse tout suivi des marchés et toute prise de risque sur la totalité. Dans l'allocation prudente qui lui a été présentée figurait un ETF All Weather, accompagné de deux idées que nous entendons désormais régulièrement, y compris dans notre propre profession : celle que Ray Dalio aurait créé son propre ETF, et celle d'un rendement proche de 5 % par an avec peu de variations.
Ces deux idées méritent d'être vérifiées plutôt que répétées, parce qu'elles conduisent un épargnant prudent à confondre un produit à levier coté au Nasdaq avec un placement garanti. Nous avons donc fait ce que nous faisons avant tout avis : lire les documents de l'émetteur, les textes réglementaires et les chiffres datés — pas les fiches de synthèse. Ce qui suit distingue les trois objets que le mot All Weather recouvre, chiffre ce que chacun a rendu, et répond à la seule question qui compte pour ce lecteur : où ce produit peut-il se loger, et pour quelle part.
All Weather est d'abord une stratégie de Bridgewater, lancée en 1996
Le point de départ n'est pas un produit, c'est une méthode. Dans un document publié par Bridgewater en janvier 2012, The All Weather Story, la société raconte comment Ray Dalio, Bob Prince et Greg Jensen ont assemblé en 1996 un portefeuille destiné, à l'origine, au trust familial de Dalio — une allocation censée rester fiable longtemps après lui, sans qu'il soit nécessaire de prévoir la conjoncture. Le raisonnement tient dans un schéma à quatre cases. Deux variables expliquent l'essentiel des surprises de marché : la croissance et l'inflation, chacune pouvant être supérieure ou inférieure à ce que les marchés anticipent. Chaque case reçoit 25 % du risque du portefeuille : actions, matières premières et crédit quand la croissance surprend à la hausse ; obligations nominales et obligations indexées quand elle déçoit ; obligations indexées et matières premières quand l'inflation surprend à la hausse ; actions et obligations nominales quand elle recule.
Le mot important est risque, pas capital. Dix dollars d'actions et dix dollars d'obligations forment un portefeuille dont le risque est dominé par les actions ; pour que chaque classe d'actifs pèse autant dans les variations, il faut détenir beaucoup plus d'obligations que d'actions — puis appliquer un levier modéré pour retrouver un rendement comparable à celui des actions. Bridgewater l'écrit sans détour dans le même document : « Leverage is an implementation tool ». C'est ce principe qu'un consultant a rebaptisé risk parity, parité des risques, et que des fonds de pension et des fonds souverains ont adopté après 2008. Deux conséquences pour un épargnant français : la stratégie d'origine est mise en œuvre avec des contrats à terme et des swaps, et elle n'a jamais été conçue comme un produit grand public — Bridgewater la gère pour des institutions, sous forme de fonds réservés.
La version simplifiée de Tony Robbins (2014) : 30/40/15/7,5/7,5 et ce que valent ses backtests
La recette que l'on trouve sur la plupart des sites francophones ne vient pas de Bridgewater mais d'un livre. En novembre 2014, Tony Robbins publie Money: Master the Game, dans lequel il rapporte une allocation simplifiée obtenue auprès de Ray Dalio : 30 % d'actions, 40 % d'obligations d'État à long terme, 15 % d'obligations d'État à moyen terme, 7,5 % d'or et 7,5 % de matières premières. Le livre l'accompagne d'un backtest 1984-2013 : 9,72 % par an nets de frais, quatre années négatives sur trente, une pire année à −3,93 % (2008) et un écart-type de 7,63 %. Ce sont ces chiffres — pas ceux du fonds de Bridgewater — qui nourrissent l'idée d'un placement régulier et sans à-coups.
Ils ont été vérifiés dès la sortie du livre par Ben Carlson, dans un article du 18 novembre 2014 dont la conclusion mérite d'être citée à chaque fois que ce backtest est présenté : sur 1972-2013, le portefeuille rend 9,5 % par an avec une pire année à −4,2 % ; mais sur 1928-1983, il ne rend que 5,8 % par an, contre 9,8 % sur 1984-2013. La différence tient à trente années de baisse des taux d'intérêt, qui ont porté les 55 % d'obligations d'État de la recette — une configuration qui ne peut pas se reproduire à partir des niveaux de taux actuels. Depuis 2006, avec de vrais ETF, la même allocation affiche 6,0 % par an et un écart-type de 9,0 % selon Validea (données consultées en septembre 2026) — et une perte de 19,5 % en 2022. Notons enfin que cette version n'est pas, au sens strict, de la parité des risques : elle ne comporte aucun levier, et son risque reste dominé par ses obligations longues.
Stratégie Bridgewater Fonds institutionnel, 1996 | Version Robbins Recette du livre, 2014 | ETF ALLW State Street / Bridgewater, mars 2025 | |
|---|---|---|---|
| Nature | Fonds réservé aux institutionnels, géré par Bridgewater | Allocation en 5 ETF à reproduire soi-même | ETF actif coté au Nasdaq, géré par SSGA sur modèle Bridgewater |
| Composition | Actions, obligations nominales et indexées, matières premières, crédit — 25 % du risque par environnement | 30 % actions, 40 % obligations d'État longues, 15 % intermédiaires, 7,5 % or, 7,5 % matières premières | ≈ 69 % obligations nominales, 43 % actions, 40 % obligations indexées, 33 % matières premières (exposition notionnelle, 17 sept. 2026) |
| Levier | Oui, via dérivés (montant non public) | Aucun | ≈ 1,8 × (exposition ≈ 184 % de l'actif) |
| Frais | Non publics (frais de hedge fund institutionnel) | Frais des 5 ETF choisis, de l'ordre de 0,1 à 0,4 % selon les produits | 0,85 % par an |
| Accessibilité à un particulier français | Non | Oui, avec des ETF UCITS, en compte-titres ou assurance-vie | Non (pas de DIC PRIIPs) — sauf fonds dédié luxembourgeois sous conditions |
| Historique de performance disponible | Depuis 1996, chiffres annuels non publiés systématiquement | Backtests depuis 1928 ; données ETF depuis 2006 | Depuis le 5 mars 2025 |
- Nature
- Fonds réservé aux institutionnels, géré par Bridgewater
- Composition
- Actions, obligations nominales et indexées, matières premières, crédit — 25 % du risque par environnement
- Levier
- Oui, via dérivés (montant non public)
- Frais
- Non publics (frais de hedge fund institutionnel)
- Accessibilité à un particulier français
- Non
- Historique de performance disponible
- Depuis 1996, chiffres annuels non publiés systématiquement
- Nature
- Allocation en 5 ETF à reproduire soi-même
- Composition
- 30 % actions, 40 % obligations d'État longues, 15 % intermédiaires, 7,5 % or, 7,5 % matières premières
- Levier
- Aucun
- Frais
- Frais des 5 ETF choisis, de l'ordre de 0,1 à 0,4 % selon les produits
- Accessibilité à un particulier français
- Oui, avec des ETF UCITS, en compte-titres ou assurance-vie
- Historique de performance disponible
- Backtests depuis 1928 ; données ETF depuis 2006
- Nature
- ETF actif coté au Nasdaq, géré par SSGA sur modèle Bridgewater
- Composition
- ≈ 69 % obligations nominales, 43 % actions, 40 % obligations indexées, 33 % matières premières (exposition notionnelle, 17 sept. 2026)
- Levier
- ≈ 1,8 × (exposition ≈ 184 % de l'actif)
- Frais
- 0,85 % par an
- Accessibilité à un particulier français
- Non (pas de DIC PRIIPs) — sauf fonds dédié luxembourgeois sous conditions
- Historique de performance disponible
- Depuis le 5 mars 2025
Sources : The All Weather Story (Bridgewater, janvier 2012) ; Money: Master the Game (Robbins, 2014) via Ben Carlson ; fiche ALLW de State Street Global Advisors au 17 septembre 2026. L'exposition notionnelle d'ALLW est la somme des quatre poches publiées par SSGA (68,74 % + 42,69 % + 40,26 % + 32,75 % = 184,4 %) — calcul dérivé du cabinet.
Ce qu'All Weather a réellement rendu : 2008, 2020, 2022, 2025
C'est ici que l'idée d'un placement à peu de variations se heurte aux chiffres. Le fonds All Weather de Bridgewater a perdu environ 22 % en 2022, deux points de plus que ses −20 % de 2008, selon l'analyse publiée par Markov Processes International en décembre 2023 — une année où l'indice HFR des stratégies de parité des risques à 10 % de volatilité cédait 19,5 % et un portefeuille mondial 60/40 16,1 %. La raison est structurelle : la construction repose sur l'idée que les obligations amortissent les baisses d'actions, et 2022 est précisément l'année où actions et obligations ont baissé ensemble sous l'effet d'une inflation forte et de hausses de taux rapides ; le levier a amplifié la perte. À l'inverse, le même fonds avait gagné 16,6 % en 2019 pour un gain moyen d'environ 7,7 % par an, selon les chiffres rapportés par CNBC en mars 2020, et il a progressé d'environ 20 % en 2025 d'après Bloomberg, cité par Fortune le 2 janvier 2026. Le rendement moyen n'est donc pas le problème ; c'est la dispersion autour de ce rendement qui est incompatible avec ce qu'un épargnant prudent entend par peu de variations.
Fonds All Weather Bridgewater, institutionnel | Version Robbins 5 ETF américains, données Validea | ETF ALLW Depuis le 5 mars 2025 | Repère 60/40 Validea (actions/obligations US) | |
|---|---|---|---|---|
| 2008 | ≈ −20 % | −0,4 % | N'existait pas | −21,0 % |
| 2020 | Chiffre public non retrouvé | +16,6 % | N'existait pas | +14,3 % |
| 2022 | ≈ −22 % (pire année de son historique) | −19,5 % | N'existait pas | −16,2 % |
| 2025 | ≈ +20 % | +11,2 % | +15,1 % du 5 mars au 31 décembre | +13,0 % |
| 2026 (au 31 août) | Non publié | +5,9 % (année en cours) | +9,29 % | +7,1 % (année en cours) |
| Depuis le lancement d'ALLW | — | — | +16,67 % annualisé au 31 août 2026, soit ≈ +25,8 % cumulé | — |
| Pire repli connu | −22 % (2022) | −20,6 % de janvier 2022 à juin 2025 (42 mois pour revenir au niveau initial) | ≈ −10 % entre plus haut et plus bas sur 52 semaines ; −6 % sur le seul mois de mars 2026 | −16,2 % (2022) |
- 2008
- ≈ −20 %
- 2020
- Chiffre public non retrouvé
- 2022
- ≈ −22 % (pire année de son historique)
- 2025
- ≈ +20 %
- 2026 (au 31 août)
- Non publié
- Depuis le lancement d'ALLW
- —
- Pire repli connu
- −22 % (2022)
- 2008
- −0,4 %
- 2020
- +16,6 %
- 2022
- −19,5 %
- 2025
- +11,2 %
- 2026 (au 31 août)
- +5,9 % (année en cours)
- Depuis le lancement d'ALLW
- —
- Pire repli connu
- −20,6 % de janvier 2022 à juin 2025 (42 mois pour revenir au niveau initial)
- 2008
- N'existait pas
- 2020
- N'existait pas
- 2022
- N'existait pas
- 2025
- +15,1 % du 5 mars au 31 décembre
- 2026 (au 31 août)
- +9,29 %
- Depuis le lancement d'ALLW
- +16,67 % annualisé au 31 août 2026, soit ≈ +25,8 % cumulé
- Pire repli connu
- ≈ −10 % entre plus haut et plus bas sur 52 semaines ; −6 % sur le seul mois de mars 2026
- 2008
- −21,0 %
- 2020
- +14,3 %
- 2022
- −16,2 %
- 2025
- +13,0 %
- 2026 (au 31 août)
- +7,1 % (année en cours)
- Depuis le lancement d'ALLW
- —
- Pire repli connu
- −16,2 % (2022)
Sources : Markov Processes International (décembre 2023) pour 2008 et 2022 du fonds Bridgewater ; CNBC (13 mars 2020) pour 2019 et le rendement moyen ; Bloomberg via Fortune (2 janvier 2026) pour 2025 ; Validea (consulté en septembre 2026) pour la version Robbins et le 60/40 ; PortfoliosLab (au 31 août 2026) pour le repli 2022-2025 ; State Street Global Advisors (performances en valeur liquidative au 31 août 2026) et The Motley Fool (30 mars 2026) pour ALLW. Le repli sur 52 semaines d'ALLW est calculé par le cabinet à partir de la fourchette de cours 27,40 $ – 30,50 $ publiée le 18 septembre 2026, hors distributions. Le chiffre 2020 du fonds Bridgewater n'a pas pu être retrouvé dans une source publique fiable : nous préférons le dire plutôt que de l'estimer.
Trois lectures s'imposent. La première : la version simplifiée a effectivement bien traversé 2008 (−0,4 %) et 2020 (+16,6 %), ce qui explique sa réputation — mais elle a perdu 19,5 % en 2022 et mis 42 mois à retrouver son niveau, ce que ses backtests d'avant 2014 ne pouvaient pas montrer. La deuxième : le fonds de Bridgewater, qui utilise le levier, a fait pire que la recette sans levier lors des deux grandes crises. La troisième : dix-huit mois de vie pour ALLW, dans une période favorable aux actions comme à l'or, ne constituent pas un historique — et son objectif de volatilité de 10 à 12 % par an, affiché par SSGA, est supérieur aux 9 % réalisés par la version Robbins depuis 2006. L'ETF est conçu pour bouger davantage que la recette qui a fait sa réputation, pas moins.
L'ETF ALLW : ce qu'il contient vraiment — dérivés, levier, 0,85 % de frais
Le SPDR Bridgewater All Weather ETF a été lancé le 5 mars 2025 et annoncé le lendemain par un communiqué de State Street. Le montage est précis : Bridgewater fournit chaque jour à State Street Global Advisors un portefeuille modèle, et SSGA l'exécute en achetant et vendant titres et dérivés. C'est un ETF actif, pas un indice. Sa fiche officielle indique, au 17 septembre 2026, un encours de 1,82 milliard de dollars, 43 lignes, des frais de 0,85 % par an, une distribution annuelle (1,28 $ par part détachés le 29 décembre 2025) et une répartition qui appelle une lecture attentive : 68,74 % en obligations nominales mondiales, 42,69 % en actions mondiales, 40,26 % en obligations indexées sur l'inflation et 32,75 % en matières premières. La somme dépasse 184 % de l'actif : c'est le levier, obtenu par des contrats à terme et des swaps, dont la première ligne du portefeuille — 32,38 % en fonds monétaire — constitue le collatéral. La fiche le formule elle-même : les opérations sur dérivés impliquent typiquement un levier et peuvent connaître une volatilité significative.
Côté performance, SSGA publie au 31 août 2026 un gain de 9,29 % depuis le début de l'année, de 17,71 % sur douze mois et de 16,67 % annualisé depuis le lancement — soit environ 25,8 % cumulés en dix-huit mois, calcul dérivé à partir des 15,1 % réalisés entre le 5 mars et le 31 décembre 2025 rapportés par The Motley Fool, qui note aussi une baisse de près de 6 % sur le seul mois de mars 2026. Ces chiffres sont bons, et ils doivent être lus pour ce qu'ils sont : dix-huit mois d'existence dans une période où les actions mondiales, l'or et les matières premières ont monté ensemble. Un ETF n'hérite pas de l'historique de la stratégie qu'il réplique ; il hérite de sa construction, levier compris.
Le rôle réel de Ray Dalio : fondateur, plus dirigeant, plus actionnaire
L'affirmation selon laquelle Ray Dalio aurait créé son propre ETF est inexacte à trois titres, et la chronologie suffit à le montrer. Dalio a fondé Bridgewater en 1975 et co-conçu All Weather en 1996. Il a quitté la co-direction générale en 2017 et la présidence fin 2021. Le 30 septembre 2022, il a transféré l'intégralité de ses droits de vote au conseil d'administration et abandonné son poste de co-directeur des investissements, ne conservant que le titre de fondateur et mentor des CIO, comme l'a rapporté Fortune le 4 octobre 2022 — la direction des investissements revenant à Bob Prince et Greg Jensen, rejoints ensuite par Karen Karniol-Tambour. Enfin, en juillet 2025, Bridgewater a racheté les dernières parts détenues par ses entités et il a quitté le conseil d'administration, selon CNBC (1ᵉʳ août 2025), restant client et investisseur de la maison.
L'ETF, lui, est un produit de State Street : la société de gestion est SSGA, Bridgewater intervient comme fournisseur du modèle. Le communiqué de lancement cite Anna Paglia pour State Street et Karen Karniol-Tambour, co-directrice des investissements, pour Bridgewater ; Ray Dalio n'y apparaît pas. Ce n'est ni son ETF, ni un produit qu'il a créé, ni un portefeuille qu'il gère — il avait quitté la direction des investissements deux ans et demi avant le lancement. Ce qui reste vrai, et qui suffit à justifier le nom du produit : la méthode mise en œuvre est celle qu'il a co-conçue, et Bridgewater la fait vivre au quotidien. Dire cela avec précision n'enlève rien à l'ETF ; cela retire seulement un argument de vente qui n'a pas de fondement.
Pourquoi un particulier français ne peut pas acheter ALLW : PRIIPs et MiFID II
La règle est simple et elle n'a pas d'exception pour les produits célèbres. Le règlement (UE) n° 1286/2014, dit PRIIPs, impose à l'initiateur de tout produit d'investissement packagé de rédiger un document d'informations clés avant de le mettre à la disposition d'investisseurs de détail dans l'Union (article 5, paragraphe 1), et à toute personne qui le conseille ou le vend de remettre ce document en temps utile avant l'engagement du client (article 13, paragraphe 1). Le texte s'applique depuis le 1ᵉʳ janvier 2018. Un ETF est un produit packagé ; un ETF domicilié aux États-Unis n'a aucune obligation de produire ce document, et ses émetteurs ne le font pas. Le Médiateur de l'AMF l'a formulé sans ambiguïté dans un dossier du 9 mars 2023 : le règlement n'est pas contraignant pour les sociétés de gestion américaines, et il n'est plus possible depuis 2018 de commercialiser un ETF américain dans l'Espace économique européen faute de DIC — la seule chose que le Médiateur ait imposée à l'établissement en cause, c'est de laisser un client revendre des parts achetées avant 2018. Nous expliquons ce que ce document contient dans notre guide de lecture du DIC en cinq minutes.
MiFID II verrouille le second accès. Un courtier ne peut passer d'ordre d'achat sur un tel produit que pour un client classé professionnel, et un particulier ne peut demander ce classement qu'en remplissant deux des trois critères de l'annexe II de la directive 2014/65 : un portefeuille d'instruments financiers et de dépôts supérieur à 500 000 €, dix opérations de taille significative par trimestre sur les quatre derniers trimestres, ou au moins un an d'expérience professionnelle dans le secteur financier à un poste exigeant la connaissance des opérations concernées — le tout par demande écrite, après avertissement sur les protections perdues. Un retraité de 66 ans qui n'a jamais investi en bourse ne remplit pas ces critères, et nous ne conseillerions à personne de les remplir dans le seul but d'acheter un produit à levier. Le PEA, enfin, est exclu par construction : il n'accepte que des titres d'émetteurs européens ou des fonds investis à 75 % au moins en actions européennes, comme nous le rappelons dans notre avis sur le PEA.
L'assurance-vie française ne contourne pas ces règles, elle les redouble. Un assureur ne peut proposer en unité de compte que des supports inscrits à son catalogue, choisis dans la liste limitative de l'article R131-1 du Code des assurances — valeurs mobilières admises sur un marché reconnu, OPCVM, certains fonds alternatifs — et il remet un DIC pour chaque unité de compte. Un ETF américain sans DIC n'entre dans aucun catalogue : à notre connaissance, aucun contrat français ne référence ALLW, et il n'y a aucune raison que cela change tant qu'aucune version UCITS n'existe. Pour le lecteur de l'introduction, cela signifie une chose concrète : l'allocation qui lui a été présentée ne précisait pas le véhicule. Soit l'ETF All Weather annoncé est en réalité un ETF UCITS multi-actifs classique rebaptisé pour l'occasion — et il faut alors en lire le DIC et la composition réelle — soit il ne pourra pas être mis en œuvre dans l'enveloppe promise. Dans les deux cas, la première question à poser est l'ISIN.
Assurance-vie luxembourgeoise : possible en fonds dédié, sous trois conditions
Il existe une enveloppe où la question se pose sérieusement : le fonds interne dédié d'un contrat luxembourgeois. La raison est juridique. Dans un fonds dédié, le souscripteur ne choisit pas lui-même ses supports : il confie un mandat à un gestionnaire, encadré par une politique d'investissement annexée à la police, et le document d'informations clés qu'il reçoit est celui du contrat d'assurance. C'est la logique généralement retenue pour expliquer qu'un fonds dédié puisse détenir des actifs qui n'ont pas de DIC propre. Le cadre est fixé par la lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances, datée du 1ᵉʳ février 2026 et qui remplace la lettre circulaire 15/3 de 2015, qui classe les souscripteurs en cinq catégories selon le montant investi auprès de la compagnie et la fortune mobilière déclarée : N par défaut, puis A (125 000 € et 250 000 €), B (250 000 € et 500 000 €), C (250 000 € et 1 250 000 €), D (1 000 000 € et 2 500 000 €). Les règles d'investissement s'élargissent avec la catégorie : un fonds dédié de type C n'a plus qu'à respecter le catalogue d'actifs de l'annexe 1, sans limite globale ni par émetteur ; un fonds de type D peut investir sans restriction dans toutes les catégories d'instruments financiers.
Où se range un ETF américain à levier dans ce cadre ? À notre lecture, pas parmi les OPCVM : la circulaire n'assimile à un OPCVM qu'un fonds conforme à la directive 2009/65 ou respectant cinq conditions, dont une limite d'emprunt à 25 % de l'actif net et l'absence de ventes à découvert. Il relèverait plutôt des fonds alternatifs simples — fonds régulé, domicilié dans un pays de la zone A, qui inclut les États-Unis — et tout premier investissement dans cette catégorie exige l'accord écrit du preneur après remise d'une notice sur les risques particuliers. C'est une lecture de conseiller, pas une position du régulateur : la décision finale appartient à l'assureur, à sa banque dépositaire et au gestionnaire du fonds dédié, et certains acteurs indiquent accepter des ETF américains au-delà de 500 000 € d'encours — une pratique à confirmer contrat par contrat, jamais à présumer. Trois conditions, donc : une catégorie de souscripteur suffisante, un assureur qui l'accepte, et un capital qui justifie une quatrième couche de frais — celle du fonds dédié, que nous détaillons dans notre article sur le coût réel des fonds dédiés. Avec 500 000 €, notre lecteur franchit les seuils des catégories A et B ; la question n'est pas de savoir s'il peut, mais s'il a une raison de payer cette architecture pour un seul ETF.
Compte-titres français | PEA | Assurance-vie française | Assurance-vie luxembourgeoise Fonds interne dédié | |
|---|---|---|---|---|
| ETF ALLW (américain, sans DIC) | Non pour un particulier ; possible pour un client professionnel sur option, selon le courtier | Non — émetteur hors Union européenne | Non — aucun contrat ne le référence, pas de DIC | Possible sous conditions : catégorie de souscripteur, accord de l'assureur et du dépositaire, notice de risques signée |
| ETF UCITS multi-actifs | Oui | Non — les ETF obligataires et multi-actifs ne sont pas éligibles | Oui, s'il est référencé au contrat | Oui |
| Fiscalité des gains (résident français) | PFU 31,4 % chaque année sur les distributions, à la cession sur les plus-values | Exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans, prélèvements sociaux 18,6 % | 30 % avant 8 ans ; après 8 ans, 17,2 % sous l'abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple) | Identique à l'assurance-vie française pour un résident français |
| Frais de l'enveloppe | Courtage et droits de garde selon le courtier | Frais de tenue de compte plafonnés par la loi | ≈ 0,85 % par an sur les unités de compte d'un bon contrat | Frais du contrat + frais de gestion du fonds dédié + banque dépositaire |
| Transmission à des neveux | Droits de succession à 55 % au-delà de 7 967 € | Droits de succession à 55 % au-delà de 7 967 € | Clause bénéficiaire : 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans | Même régime que l'assurance-vie française pour un résident français |
- ETF ALLW (américain, sans DIC)
- Non pour un particulier ; possible pour un client professionnel sur option, selon le courtier
- ETF UCITS multi-actifs
- Oui
- Fiscalité des gains (résident français)
- PFU 31,4 % chaque année sur les distributions, à la cession sur les plus-values
- Frais de l'enveloppe
- Courtage et droits de garde selon le courtier
- Transmission à des neveux
- Droits de succession à 55 % au-delà de 7 967 €
- ETF ALLW (américain, sans DIC)
- Non — émetteur hors Union européenne
- ETF UCITS multi-actifs
- Non — les ETF obligataires et multi-actifs ne sont pas éligibles
- Fiscalité des gains (résident français)
- Exonération d'impôt sur le revenu après 5 ans, prélèvements sociaux 18,6 %
- Frais de l'enveloppe
- Frais de tenue de compte plafonnés par la loi
- Transmission à des neveux
- Droits de succession à 55 % au-delà de 7 967 €
- ETF ALLW (américain, sans DIC)
- Non — aucun contrat ne le référence, pas de DIC
- ETF UCITS multi-actifs
- Oui, s'il est référencé au contrat
- Fiscalité des gains (résident français)
- 30 % avant 8 ans ; après 8 ans, 17,2 % sous l'abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple)
- Frais de l'enveloppe
- ≈ 0,85 % par an sur les unités de compte d'un bon contrat
- Transmission à des neveux
- Clause bénéficiaire : 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans
- ETF ALLW (américain, sans DIC)
- Possible sous conditions : catégorie de souscripteur, accord de l'assureur et du dépositaire, notice de risques signée
- ETF UCITS multi-actifs
- Oui
- Fiscalité des gains (résident français)
- Identique à l'assurance-vie française pour un résident français
- Frais de l'enveloppe
- Frais du contrat + frais de gestion du fonds dédié + banque dépositaire
- Transmission à des neveux
- Même régime que l'assurance-vie française pour un résident français
Fiscalité de droit commun 2026 : PFU 31,4 % (12,8 % + 18,6 % de prélèvements sociaux) sur compte-titres et PEA ; l'assurance-vie conserve 17,2 % de prélèvements sociaux. Droits de succession en ligne collatérale jusqu'au 4ᵉ degré (neveux) : 55 % après un abattement de 7 967 € (articles 777 et 779 du CGI) ; abattement d'assurance-vie de 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant 70 ans (article 990 I) et de 30 500 € global au-delà (article 757 B). L'éligibilité luxembourgeoise est une lecture du cabinet de la lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances (1ᵉʳ février 2026), à confirmer auprès de chaque assureur.
Les alternatives européennes : ETF UCITS multi-actifs ou construction maison — et l'empilement des frais
Il faut le dire clairement : nous n'avons identifié aucun ETF UCITS qui réplique All Weather — ni la parité des risques de Bridgewater, ni même la recette de Robbins avec ses poches d'or, de matières premières et d'obligations indexées. Si un tel produit apparaît après la publication de cet article, la question de sa composition réelle et de son levier se posera exactement dans les termes développés plus haut. Ce qui existe, ce sont des ETF UCITS multi-actifs classiques, dont trois produits réels, accessibles en compte-titres et référencés sur certains contrats d'assurance-vie, donnent l'ordre de grandeur :
- Vanguard LifeStrategy 40 % Equity UCITS ETF (ISIN IE00BMVB5M21, capitalisant) : 40 % d'actions mondiales, 60 % d'obligations couvertes en euros, 0,25 % de frais, −14,71 % en 2022, repli maximal de −16,23 % depuis son lancement en décembre 2020 (justETF).
- VanEck Multi-Asset Conservative Allocation UCITS ETF (ISIN NL0009272764, distribuant) : 25 % d'actions, 70 % d'obligations en euros, 5 % d'immobilier coté, 0,28 % de frais, −13,98 % en 2022, repli maximal de −15,49 % sur cinq ans (justETF, septembre 2026).
- VanEck Multi-Asset Balanced Allocation UCITS ETF (ISIN NL0009272772, distribuant) : 40 % d'actions, 50 % d'obligations en euros, 10 % d'immobilier coté, 0,30 % de frais, −13,34 % en 2022, repli maximal de −15,11 % sur cinq ans (justETF, juillet 2026).
Aucun des trois ne détient d'or ni de matières premières : ce sont des portefeuilles 60/40 prudents, pas des All Weather. Ils ont perdu 13 à 15 % en 2022 — moins que les 19,5 % de la recette de Robbins, mais rien qui ressemble à peu de variations. La seconde voie consiste à reconstruire la recette soi-même avec quatre ou cinq ETF UCITS : un ETF actions monde, un ETF d'obligations d'État à long terme, un ETF d'obligations d'État à moyen terme, un ETC sur l'or physique et, éventuellement, un ETF sur un panier de matières premières. Nous ne nommons volontairement aucun produit : la sélection d'un ETF précis pour un portefeuille de titres relève du conseil en investissements financiers, qui n'est pas notre statut. Deux limites, en revanche, relèvent de notre compétence. D'abord, cette construction exige un rééquilibrage au moins annuel — exactement le suivi des marchés que le lecteur de cet article refuse. Ensuite, la recette d'origine est un portefeuille en dollars : l'épargnant français qui la reproduit avec des obligations américaines ajoute un risque de change, et celui qui la reproduit avec des obligations de la zone euro reproduit autre chose que ce qui a été backtesté.
Reste la question du coût, qui change la comparaison avec un placement garanti. En assurance-vie française, un ETF multi-actifs à 0,25 ou 0,30 % supporte en plus les frais de gestion du contrat — 0,85 % par an sur un bon contrat, le taux de référence de ce site — soit 1,10 à 1,15 % par an au total. Sur un rendement brut espéré de 6 %, les frais absorbent environ 18 % de la performance chaque année, avant toute fiscalité. En fonds dédié luxembourgeois, la couche du fonds dédié et celle de la banque dépositaire s'y ajoutent. C'est le prix de l'enveloppe, et il n'a rien de scandaleux ; mais il doit entrer dans le calcul, et il n'y entre presque jamais quand un ETF est présenté par son seul rendement historique.
100 000 € sur 10 ans : All Weather, Capital Garanti à 5 %, fonds euros à 2,8 %
Situation type construite pour illustrer le raisonnement, à partir des taux de référence que nous utilisons sur l'ensemble du site : 100 000 € logés en assurance-vie française sur dix ans, hors fiscalité (qui n'intervient qu'au rachat), avec 0,85 % de frais de gestion sur les unités de compte. Pour la poche All Weather, nous retenons comme hypothèse centrale le rendement de 6,0 % par an mesuré par Validea sur la version Robbins depuis 2006 — la seule période avec de vrais ETF et sans le vent arrière des taux des années 1980-2000 — et, comme pire année, les −19,5 % de 2022. Le Capital Garanti est pris à 5 % et le fonds euros à 2,8 % net, valeurs de référence de ce site en septembre 2026.
Poche All Weather ETF UCITS, hypothèse 6 % brut | Capital Garanti Coupon 5 %, échéance 10 ans | Fonds euros 2,8 % net de frais | |
|---|---|---|---|
| Rendement retenu et source | 6,0 % brut par an (Validea, version Robbins 2006-2026, en dollars) | 5 % (taux de référence du site) | 2,8 % net (bon contrat, taux de référence du site) |
| Frais de gestion du contrat | − 0,85 % | − 0,85 % | Déjà déduits du taux |
| Capital au bout de 10 ans, trajectoire moyenne | ≈ 165 200 € | ≈ 150 200 € | ≈ 131 800 € |
| Pire année connue | −19,5 % (2022) | 0 % à l'échéance ; valeur de rachat fluctuante avant terme (≈ −7 % par point de taux en plus) | 0 % (effet cliquet) |
| Capital au bout de 10 ans si la pire année survient | ≈ 126 500 € | ≈ 150 200 € | ≈ 131 800 € |
| Temps pour effacer la pire année | ≈ 4,3 ans à 5,15 % net | Sans objet | Sans objet |
| Qui garantit le capital | Personne | L'émetteur bancaire, à l'échéance | L'assureur, dans les limites de la loi Sapin 2 |
| Suivi nécessaire | Aucun avec un ETF multi-actifs ; rééquilibrage annuel en version maison | Aucun | Aucun |
- Rendement retenu et source
- 6,0 % brut par an (Validea, version Robbins 2006-2026, en dollars)
- Frais de gestion du contrat
- − 0,85 %
- Capital au bout de 10 ans, trajectoire moyenne
- ≈ 165 200 €
- Pire année connue
- −19,5 % (2022)
- Capital au bout de 10 ans si la pire année survient
- ≈ 126 500 €
- Temps pour effacer la pire année
- ≈ 4,3 ans à 5,15 % net
- Qui garantit le capital
- Personne
- Suivi nécessaire
- Aucun avec un ETF multi-actifs ; rééquilibrage annuel en version maison
- Rendement retenu et source
- 5 % (taux de référence du site)
- Frais de gestion du contrat
- − 0,85 %
- Capital au bout de 10 ans, trajectoire moyenne
- ≈ 150 200 €
- Pire année connue
- 0 % à l'échéance ; valeur de rachat fluctuante avant terme (≈ −7 % par point de taux en plus)
- Capital au bout de 10 ans si la pire année survient
- ≈ 150 200 €
- Temps pour effacer la pire année
- Sans objet
- Qui garantit le capital
- L'émetteur bancaire, à l'échéance
- Suivi nécessaire
- Aucun
- Rendement retenu et source
- 2,8 % net (bon contrat, taux de référence du site)
- Frais de gestion du contrat
- Déjà déduits du taux
- Capital au bout de 10 ans, trajectoire moyenne
- ≈ 131 800 €
- Pire année connue
- 0 % (effet cliquet)
- Capital au bout de 10 ans si la pire année survient
- ≈ 131 800 €
- Temps pour effacer la pire année
- Sans objet
- Qui garantit le capital
- L'assureur, dans les limites de la loi Sapin 2
- Suivi nécessaire
- Aucun
Calcul dérivé du cabinet, situation type illustrative. Capitalisation composée : 5,15 % net pour All Weather (6 % − 0,85 %), 4,15 % net pour le Capital Garanti (5 % − 0,85 %, coupon réinvesti), 2,8 % pour le fonds euros. La ligne « si la pire année survient » applique −19,5 % une année et 5,15 % les neuf autres — le résultat est identique que la mauvaise année tombe en premier ou en dernier, mais un retraité qui prélève des revenus subit plus fortement une perte précoce. Avec l'hypothèse de 5,70 % par an (rendement annualisé sur dix ans de la même allocation selon PortfoliosLab au 31 août 2026), la trajectoire moyenne tombe à ≈ 160 600 € ; avec les 7,7 % moyens du fonds Bridgewater rapportés par CNBC en 2020, elle monterait à ≈ 194 000 €, mais avec des années à −20 % et −22 % dans l'historique. Les rendements All Weather sont mesurés en dollars ; un support en euros, couvert ou non, ne reproduira pas ces chiffres à l'identique.
La lecture honnête de ce tableau est la même que celle de notre comparatif Capital Garanti contre actions cotées : en trajectoire moyenne, All Weather fait mieux que le Capital Garanti d'environ 15 000 € sur dix ans, et le Capital Garanti n'existe pas pour gagner cette colonne — il existe pour supprimer la ligne du dessous, celle où une année de type 2022 laisse la poche All Weather sous le fonds euros après dix ans. Pour un capital destiné à être transmis, cette ligne pèse plus lourd que l'écart de 15 000 € : un retraité de 66 ans n'a pas dix ans pour attendre une trajectoire moyenne, il a un horizon sur lequel une mauvaise séquence ne se rattrape pas nécessairement.
Pour qui All Weather est pertinent, pour qui non — et la part maximale dans une allocation prudente
Revenons au lecteur de l'introduction, parce que sa situation est celle de la plupart des personnes à qui ce produit est présenté : un capital important issu d'une vente, un objectif de transmission, un besoin de rendement modeste, et une intolérance déclarée au suivi comme à la perte sur la totalité. Pour lui, la moitié dynamique qu'il accepte n'est pas un ETF All Weather — c'est, au plus, une fraction bien plus petite, et la question de l'enveloppe passe avant celle du support. Sur 500 000 €, un Capital Garanti à 5 % produit 25 000 € par an de coupon contractuel, contre 7 500 € sur son compte à terme échu à 1,5 % : son objectif de 5 % est atteint sans aucune poche dynamique, et la construction que nous décrivons dans Placer 100 000 € sans risque — un tampon disponible sous 72 heures, une poche datée courte, une poche longue garantie répartie entre plusieurs émetteurs — s'applique à l'identique à 500 000 €. La transmission à des neveux, taxée à 55 % en succession, se traite par la clause bénéficiaire d'une assurance-vie alimentée avant ses 70 ans, c'est-à-dire dans les quatre prochaines années — le point central de notre article sur la transmission à ses neveux sans enfant.
All Weather est pertinent, sous forme d'ETF UCITS multi-actifs ou de construction maison, pour un épargnant qui accepte explicitement une année à −20 % sur la poche concernée, qui n'a pas besoin de cette poche pour ses revenus pendant au moins huit à dix ans, qui la loge en assurance-vie pour la fiscalité, et qui — en version maison — rééquilibrera chaque année sans se laisser impressionner par une mauvaise année. C'est une diversification légitime, dont la logique est proche de celle que nous décrivons pour l'or comme valeur refuge : une fonction de couverture, pas une garantie.
All Weather n'est pas pertinent pour un épargnant à qui l'on a promis 5 % par an avec peu de variations, pour celui qui refuse tout suivi et toute perte, pour celui dont l'objectif premier est de transmettre un capital intact, et pour celui qui devrait renoncer aux protections de client de détail pour accéder à ALLW. Dans ces quatre cas, le produit répond à une question que la personne ne pose pas.
La part maximale, enfin, se calcule plutôt qu'elle ne se décrète. Notre règle : dimensionner la poche pour que sa pire année connue soit absorbée par le coupon garanti du reste du portefeuille. Avec −19,5 % comme référence et un Capital Garanti à 5 % sur le solde, l'équilibre se situe à 20 % du capital total — 20 % à −19,5 % coûtent 3,9 % du total, 80 % à 5 % en rapportent 4,0 %. À 25 %, une année de type 2022 efface 4,9 % du total contre 3,75 % de coupon ; à 30 %, 5,85 % contre 3,5 %. Au-delà de 20 à 25 %, ce n'est plus une allocation prudente, quelle que soit l'étiquette du produit. C'est la même discipline que celle que nous appliquons aux produits structurés à capital non garanti dans notre article sur la part maximale de produits structurés dans un portefeuille, avec un plafond plus bas ici parce que la perte de référence est plus récente et plus documentée.
- La corrélation actions-obligations, le scénario qui casse la constructionAll Weather suppose que les obligations amortissent les baisses d'actions. En 2022, inflation forte et hausses de taux rapides ont fait baisser les deux ensemble : −22 % pour le fonds Bridgewater, −19,5 % pour la recette de Robbins, alors qu'un 60/40 perdait 16 %. Ce scénario n'est pas exotique — c'est celui d'un choc d'inflation, et rien ne garantit qu'il ne se reproduise pas.
- Le levier et les dérivés d'ALLWUne exposition notionnelle de 184 % de l'actif signifie qu'une baisse simultanée des quatre poches est amplifiée. L'objectif de volatilité de 10 à 12 % est un objectif de gestion, pas un plafond contractuel : le gérant peut le dépasser, et il le dépassera dans une année comme 2022. L'ETF n'est pas le fonds institutionnel — liquidité quotidienne, 0,85 % de frais — mais il en hérite la mécanique.
- Le risque de change pour un épargnant en eurosALLW est coté et valorisé en dollars, et la recette de Robbins est un portefeuille américain. Un épargnant français qui les reproduit ajoute une variable — le cours euro/dollar — qui n'existe pas dans les backtests, ou en reproduit une version en euros qui n'a pas le même historique.
- Le risque de séquence pour un retraitéUne perte de 19,5 % demande environ 4,3 ans à 5,15 % net pour être effacée. Pour un capital destiné à produire un revenu ou à être transmis, une mauvaise année précoce ne se rattrape pas toujours dans l'horizon disponible — c'est la ligne du tableau à 10 ans où la poche All Weather termine sous le fonds euros.
- L'empilement des frais dans l'enveloppe0,85 % de contrat plus 0,25 à 0,30 % d'ETF en assurance-vie française, soit environ 18 % d'un rendement brut de 6 % chaque année ; une couche supplémentaire de fonds dédié et de dépositaire au Luxembourg. Un rendement historique présenté hors frais d'enveloppe est un rendement que le souscripteur ne touchera pas.
- Le risque de mise en œuvre : un support qui n'existe pas dans l'enveloppe promiseUn ETF All Weather inscrit dans une allocation d'assurance-vie française est soit un ETF UCITS multi-actifs classique sous un autre nom, soit un produit qui ne pourra pas être souscrit. La parade tient en une question : quel est l'ISIN, et figure-t-il au catalogue du contrat ?
Ce qu'il faut retenir
All Weather est une stratégie de Bridgewater lancée en 1996, fondée sur l'équilibre des risques entre quatre environnements économiques et mise en œuvre avec du levier ; sa version simplifiée, popularisée par Tony Robbins en 2014, a rendu environ 6 % par an depuis 2006 ; l'ETF ALLW, lancé le 5 mars 2025 par State Street sur un modèle Bridgewater, s'expose à 184 % de son actif pour 0,85 % de frais. Ray Dalio a co-conçu la méthode, mais il a quitté la direction des investissements en 2022 et cédé ses dernières parts en 2025 : ce n'est pas son ETF. Le fonds historique a perdu 22 % en 2022 et 20 % en 2008, la recette simplifiée 19,5 % en 2022 — la thèse du rendement proche de 5 % avec peu de variations ne survit à aucune des trois séries de chiffres. Sans document d'informations clés, ALLW est inaccessible à un particulier français en compte-titres, en PEA comme en assurance-vie française ; seul un fonds dédié luxembourgeois peut l'accueillir, sous conditions de catégorie et de politique de l'assureur. Pour un profil prudent à qui 5 % par an suffisent, le Capital Garanti répond à la question posée ; All Weather, via un ETF UCITS multi-actifs, peut occuper au plus 20 % d'une allocation prudente — à condition d'avoir lu ce qu'il a fait en 2022 avant de signer.
Questions fréquentes
Ray Dalio a-t-il créé son propre ETF All Weather ?+
Non, pas au sens où on l'entend en rendez-vous. L'ETF ALLW (SPDR Bridgewater All Weather ETF) a été lancé le 5 mars 2025 par State Street Global Advisors, qui le gère à partir d'un portefeuille modèle fourni chaque jour par Bridgewater Associates. Ray Dalio a fondé Bridgewater en 1975 et conçu la stratégie All Weather en 1996 pour son trust familial, mais il a quitté ses fonctions de co-directeur des investissements en octobre 2022, puis vendu ses dernières parts et quitté le conseil d'administration en juillet 2025. Le communiqué de lancement de l'ETF ne le cite pas : c'est la co-directrice des investissements de Bridgewater, Karen Karniol-Tambour, qui s'y exprime.
L'ETF All Weather rapporte-t-il environ 5 % par an avec peu de variations ?+
Aucune des trois versions d'All Weather ne correspond à cette description. Le fonds All Weather de Bridgewater a perdu environ 22 % en 2022 et 20 % en 2008, pour un gain moyen d'environ 7,7 % par an constaté début 2020. La version simplifiée popularisée par Tony Robbins a rendu 6,0 % par an depuis 2006 avec une perte de 19,5 % en 2022 (données Validea). L'ETF ALLW vise une volatilité annualisée de 10 à 12 %, ce qui signifie par construction qu'une année à −10 % n'aurait rien d'anormal. Le rendement moyen historique dépasse 5 %, mais les variations n'ont rien de commun avec celles d'un fonds euros ou d'un Capital Garanti.
Peut-on acheter l'ETF ALLW depuis la France ?+
Pas en tant qu'investisseur particulier. ALLW est coté au Nasdaq, domicilié aux États-Unis et ne publie pas de document d'informations clés (DIC) au format PRIIPs. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2018, le règlement (UE) 1286/2014 impose ce document avant toute mise à disposition d'un produit packagé à un investisseur de détail dans l'Union, et le Médiateur de l'AMF a rappelé en mars 2023 que les initiateurs américains n'y sont pas soumis — aucun intermédiaire européen ne peut donc le commercialiser à un particulier. Seul un client classé professionnel sur option au sens de MiFID II (deux critères sur trois : portefeuille financier supérieur à 500 000 €, dix opérations par trimestre sur quatre trimestres, un an d'expérience professionnelle dans la finance) peut y accéder, chez un courtier qui le propose.
L'ETF All Weather est-il éligible en unité de compte d'une assurance-vie française ?+
Non. À notre connaissance aucun contrat français ne le référence, et rien ne devrait changer tant qu'il n'existe pas de version UCITS. Un assureur ne propose en unité de compte que des supports inscrits à son catalogue, choisis dans la liste de l'article R131-1 du Code des assurances, et il doit remettre un DIC pour chaque support — document que l'émetteur d'un ETF américain ne produit pas. Le PEA est également exclu : il n'accepte que des titres d'émetteurs européens ou des fonds investis à 75 % au moins en actions européennes.
Et dans une assurance-vie luxembourgeoise ?+
C'est la seule enveloppe où la question se pose sérieusement, via un fonds interne dédié. La lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances, en vigueur depuis le 1ᵉʳ février 2026, classe les souscripteurs en cinq catégories — N par défaut, puis de A (125 000 € investis et 250 000 € de fortune mobilière) à D (1 000 000 € et 2 500 000 €) — avec des règles d'actifs de plus en plus larges : aucune limite au-delà du catalogue en catégorie C, aucune restriction en catégorie D. Un ETF américain à effet de levier relèverait, à notre lecture, des fonds alternatifs plutôt que des OPCVM, ce qui suppose l'accord écrit du preneur après une notice de risques ; la décision finale appartient à l'assureur et à sa banque dépositaire. À vérifier contrat par contrat avant de compter dessus.
Existe-t-il un ETF UCITS équivalent à All Weather ?+
Pas à l'identique. Nous n'avons identifié aucun ETF UCITS répliquant la parité des risques de Bridgewater avec or, matières premières et obligations indexées sur l'inflation. Les ETF UCITS multi-actifs accessibles en France sont des allocations actions/obligations classiques : Vanguard LifeStrategy 40 % Equity (IE00BMVB5M21, 0,25 % de frais, −14,7 % en 2022), VanEck Multi-Asset Conservative Allocation (NL0009272764, 0,28 %, −14,0 % en 2022) ou Balanced Allocation (NL0009272772, 0,30 %, −13,3 % en 2022). Reproduire All Weather soi-même demande quatre à cinq ETF UCITS et un rééquilibrage régulier — précisément le suivi que refuse un épargnant prudent.
All Weather ou Capital Garanti à 5 % pour un retraité prudent ?+
Ce ne sont pas deux réponses à la même question. Sur 100 000 € et 10 ans en assurance-vie, notre calcul donne environ 165 000 € pour une poche All Weather à 6 % brut (hypothèse Validea 2006-2026, après 0,85 % de frais de contrat), 150 000 € pour un Capital Garanti à 5 % et 132 000 € pour un fonds euros à 2,8 % — mais la première colonne peut perdre 19,5 % une année donnée et tombe à environ 126 500 € si cette année survient, quand les deux autres ne peuvent pas baisser. Pour un épargnant à qui 5 % suffisent et qui refuse tout suivi, le Capital Garanti répond à l'objectif ; All Weather n'a de sens que pour la fraction du capital dont il accepte qu'elle varie.
Quelle part d'All Weather dans une allocation prudente ?+
Notre règle de cabinet : dimensionner la poche pour que sa pire année connue soit absorbée par le coupon garanti du reste. Avec une perte de référence de 19,5 % (2022) et un Capital Garanti à 5 % sur le solde, l'équilibre se situe autour de 20 % du capital total : 20 % à −19,5 % coûtent 3,9 % du total, quand 80 % à 5 % en rapportent 4,0 %. Au-delà de 25 à 30 %, une année de type 2022 efface plus d'un an de rendement garanti — ce n'est plus une allocation prudente. Et toujours via un support UCITS en assurance-vie, jamais en cherchant à contourner l'inéligibilité d'ALLW.
On vous a présenté une allocation prudente avec un ETF All Weather ?
Nous ne distribuons pas d'ETF et nous ne sommes pas conseiller en investissements financiers. Ce que nous faisons : vérifier avec vous si le support proposé existe réellement dans l'enveloppe annoncée, chiffrer ce qu'il peut perdre une mauvaise année, et comparer à ce qu'un Capital Garanti et un fonds euros produisent sur le même capital. Gratuit, confidentiel, sans démarchage.
Créneau au choix dès l'envoi du formulaire · Confidentiel · Sans démarchage
Page produit : Capital Garanti
Le coupon de référence à 5 % utilisé dans les tableaux de cet article, et ce que sa garantie couvre exactement.
Capital Garanti vs Fonds Euros vs Compte à terme
Le comparatif de fond entre les trois supports garantis auxquels All Weather est confronté ici.
Assurance-vie Luxembourg : les critères des meilleurs contrats
Les cinq critères pour juger un contrat luxembourgeois, seule enveloppe capable d'accueillir un ETF américain.
Verser sur une assurance-vie après 70 ans
Pourquoi l'âge du lecteur de cet article — 66 ans — rend les quatre prochaines années décisives pour la transmission.
Fonds euros et loi Sapin 2
La limite de la garantie du fonds euros, mentionnée dans le tableau à 10 ans.
Qui garantit quoi
La hiérarchie des garanties réelles, où All Weather n'apparaît à aucun niveau.
La règle des 4 % appliquée à un capital garanti
Ce que 5 % par an produisent réellement chaque mois, net de frais et de fiscalité, sur un placement garanti.