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Faire vérifier un club deal avant de signerLe statut juridique réel d'un club deal immobilier
Le terme « club deal » n'a pas de définition légale en droit français. Contrairement à une SCPI ou un OPCI — des placements collectifs agréés par l'AMF, soumis à des règles de composition, de valorisation et d'information encadrées, que nous détaillons dans notre avis sur les SCPI à haut rendement — un club deal immobilier est un montage ad hoc, construit autour d'une société support créée pour une opération identifiée. Cette société support est le plus souvent une SCI, pour sa souplesse de gestion et sa fiscalité translucide, ou une SAS, pour sa flexibilité statutaire et la possibilité d'émettre des actions de préférence.
Les investisseurs y entrent par trois instruments principaux, cumulables selon les montages : des obligations (une créance, avec un coupon fixe ou variable et un remboursement prévu à l'échéance), des actions de préférence (une part au capital assortie de droits préférentiels de dividende et de liquidation), ou un compte courant d'associé. Le point central, pour comprendre le risque réel : dans aucun de ces trois cas, l'investisseur ne devient propriétaire du bien immobilier financé. C'est exactement le constat que faisait l'AMF dans sa mise en garde du 29 décembre 2022 contre un nombre croissant de plateformes proposant des investissements en « royalties immobilières » — un schéma structurellement identique à un club deal en obligations : l'AMF y rappelle que ces investisseurs « ne deviennent propriétaires du bien d'aucune façon […] ils sont simplement créanciers d'une entreprise » faiblement capitalisée, créée pour l'occasion.
Club deal via PSFP agréé Plateforme régulée AMF | Club deal hors PSFP Souscription directe via CGP ou réseau privé | |
|---|---|---|
| Test de connaissance de l'investisseur | Obligatoire, renouvelé tous les 2 ans | Aucune obligation légale équivalente |
| Simulation de capacité à supporter les pertes | Obligatoire (10 % du patrimoine net), révisée chaque année | Aucune obligation légale équivalente |
| Fiche d'informations clés (KIIS) | Obligatoire et standardisée | Aucune obligation légale équivalente |
| Plafond de collecte par porteur de projet | 5 000 000 € sur 12 mois glissants (au-delà : régime du prospectus) | Pas de plafond ECSP applicable |
| Autorité de contrôle du montage | AMF (agrément et contrôle PSFP) | Aucune, sauf requalification a posteriori (ex. affaire Eternam) |
- Test de connaissance de l'investisseur
- Obligatoire, renouvelé tous les 2 ans
- Simulation de capacité à supporter les pertes
- Obligatoire (10 % du patrimoine net), révisée chaque année
- Fiche d'informations clés (KIIS)
- Obligatoire et standardisée
- Plafond de collecte par porteur de projet
- 5 000 000 € sur 12 mois glissants (au-delà : régime du prospectus)
- Autorité de contrôle du montage
- AMF (agrément et contrôle PSFP)
- Test de connaissance de l'investisseur
- Aucune obligation légale équivalente
- Simulation de capacité à supporter les pertes
- Aucune obligation légale équivalente
- Fiche d'informations clés (KIIS)
- Aucune obligation légale équivalente
- Plafond de collecte par porteur de projet
- Pas de plafond ECSP applicable
- Autorité de contrôle du montage
- Aucune, sauf requalification a posteriori (ex. affaire Eternam)
Le statut de Prestataire de Services de Financement Participatif (PSFP) est obligatoire en France et dans l'UE depuis le 10 novembre 2023, en application du règlement (UE) 2020/1503 dit ECSP (article L.547-1 du Code monétaire et financier). Il a remplacé les anciens statuts CIP et IFP. Un club deal qui ne passe pas par une plateforme — souscription directe d'obligations, d'actions de préférence ou d'un compte courant d'une SCI ou d'une SAS via un CGP, un family office ou un réseau privé — n'entre dans aucune de ces obligations.
Le fait qu'aucun statut nommé « club deal » n'existe en droit français ne signifie pas pour autant que ces montages échappent à tout risque réglementaire pour leurs opérateurs. Le 9 septembre 2025, la Commission des sanctions de l'AMF (décision SAN-2025-08) a infligé 400 000 € d'amende à la société de gestion Eternam pour des manquements dans la commercialisation de deux véhicules de club deal — « Aigle Noir » et « Mercure Tours », des SAS destinées à regrouper un nombre restreint d'investisseurs autour d'acquisitions immobilières. La Commission a jugé que ces véhicules devaient être requalifiés en « Autres FIA » au sens des trois critères cumulatifs de l'article L.214-24 du Code monétaire et financier, tel qu'interprété par la position AMF 2013-16 — ce qui implique l'ensemble du corpus réglementaire applicable à la gestion collective : agrément de la société de gestion, information des investisseurs sur les frais et les rétrocessions. Cette décision montre que l'absence de statut nommé ne crée, pour l'investisseur, aucune protection automatique équivalente à celle d'une SCPI ou d'un OPCI agréé : la sanction intervient a posteriori, après la commercialisation, et ne garantit ni le remboursement ni la performance.
Les mises en garde de l'AMF sur le crowdfunding immobilier
L'AMF a publié plusieurs alertes qui concernent directement ce type de montage. Au-delà du communiqué de décembre 2022 déjà cité, l'AMF a diffusé, le 20 juin 2025, une mise en garde générale appelant les investisseurs à « faire preuve d'une extrême prudence » face au risque de défaillance du porteur de projet. Le texte y est explicite : le remboursement et les intérêts ne sont « jamais garantis », les titres ne sont pas cotés et donc difficiles à revendre, les frais de recouvrement en cas de défaillance peuvent représenter une part significative du montant investi, et un risque distinct existe en cas de cessation d'activité de la plateforme elle-même — l'investisseur devant alors se retourner seul contre le porteur de projet.
La liste noire de l'AMF comporte par ailleurs des catégories dédiées « Crowdfunding » et « plateformes de royalties immobilières », mises à jour régulièrement — plus de 3 300 entités y figuraient toutes catégories confondues à la mi-2026. Nous n'avons identifié, lors de la rédaction de cet article, aucune entité nommée liée spécifiquement à un club deal immobilier au Maroc dans ces catégories : ce point doit être vérifié au cas par cas, sur la liste à jour, pour chaque opération envisagée, plutôt que présumé absent.
Signal peut-être le plus concret de la dégradation du secteur : le rapport annuel 2024 du Médiateur de l'AMF, publié le 11 juin 2025, fait état d'une hausse de 88 % des dossiers de médiation liés au crowdfunding en 2024, et de 64 % pour les SCPI, dans un contexte global de hausse de 15 % du nombre de dossiers reçus par le Médiateur (2 204 dossiers, dont 1 168 recevables). Le Médiateur y pointe deux causes récurrentes : la complexité des opérations de promotion immobilière financées, et la qualité du conseil donné au moment de la souscription — un point sur lequel nous revenons plus bas. Si vous êtes déjà engagé dans un montage litigieux, la procédure de médiation AMF, que nous détaillons dans notre article sur le recours ACPR/AMF, reste une voie gratuite à envisager avant toute action judiciaire.
Des cas de défaillance réels et nommés
Le secteur du crowdfunding et des club deals immobiliers en France a connu plusieurs défaillances documentées de porteurs de projets, dès 2017, et plus récemment en 2026. Elles ne concernent pas seulement la promotion immobilière classique : des montages présentés comme adossés à un actif tangible « sécurisé » — des installations photovoltaïques — ont connu le même schéma de défaillance rapide.
Année | Ampleur documentée | Issue pour les investisseurs | |
|---|---|---|---|
| Groupe Terlat (Wiseed, Anaxago) | 2017 | 194 investisseurs / 480 500 € (Avignon) et 126 investisseurs / 516 500 € (Salon-de-Provence) sur les deux campagnes documentées ; jusqu'à 7 projets pour environ 2,5 M€ selon une source complémentaire, non entièrement réconciliée avec le détail par campagne | Perte moyenne annoncée de 2 477 € par investisseur sur un projet ; capital partiellement remboursé sur l'autre, intérêts bloqués en séquestre |
| DBI Investissements (Wiseed) | 2018 | 158 investisseurs, centrales photovoltaïques en toiture (37 kW), rendement promis de 6 %/an | Liquidation judiciaire ouverte le 18 avril 2018 |
| Sunergis (Wiseed) | 2018 | 157 investisseurs, 213 300 € collectés, serres photovoltaïques, rendement promis de 5,5 %/an | Liquidation judiciaire le 28 février 2018 (Tribunal de commerce de Bordeaux) |
| Fiducim (Homunity) | 2026 | Plus de 1 200 logements concernés ; entre 20 et 27 M€ prêtés par Homunity selon les sources de presse, montant non confirmé par une source officielle | Liquidation judiciaire début juillet 2026 |
| Koregraf (la plateforme elle-même) | 2025 | 198 projets en cours, près de 160 M€ de capital restant dû au moment de la cessation d'activité | Liquidation judiciaire le 20/05/2025, retrait d'agrément PSFP par l'AMF le 30/06/2025 |
- Groupe Terlat (Wiseed, Anaxago)
- 2017
- DBI Investissements (Wiseed)
- 2018
- Sunergis (Wiseed)
- 2018
- Fiducim (Homunity)
- 2026
- Koregraf (la plateforme elle-même)
- 2025
- Groupe Terlat (Wiseed, Anaxago)
- 194 investisseurs / 480 500 € (Avignon) et 126 investisseurs / 516 500 € (Salon-de-Provence) sur les deux campagnes documentées ; jusqu'à 7 projets pour environ 2,5 M€ selon une source complémentaire, non entièrement réconciliée avec le détail par campagne
- DBI Investissements (Wiseed)
- 158 investisseurs, centrales photovoltaïques en toiture (37 kW), rendement promis de 6 %/an
- Sunergis (Wiseed)
- 157 investisseurs, 213 300 € collectés, serres photovoltaïques, rendement promis de 5,5 %/an
- Fiducim (Homunity)
- Plus de 1 200 logements concernés ; entre 20 et 27 M€ prêtés par Homunity selon les sources de presse, montant non confirmé par une source officielle
- Koregraf (la plateforme elle-même)
- 198 projets en cours, près de 160 M€ de capital restant dû au moment de la cessation d'activité
- Groupe Terlat (Wiseed, Anaxago)
- Perte moyenne annoncée de 2 477 € par investisseur sur un projet ; capital partiellement remboursé sur l'autre, intérêts bloqués en séquestre
- DBI Investissements (Wiseed)
- Liquidation judiciaire ouverte le 18 avril 2018
- Sunergis (Wiseed)
- Liquidation judiciaire le 28 février 2018 (Tribunal de commerce de Bordeaux)
- Fiducim (Homunity)
- Liquidation judiciaire début juillet 2026
- Koregraf (la plateforme elle-même)
- Liquidation judiciaire le 20/05/2025, retrait d'agrément PSFP par l'AMF le 30/06/2025
Le montant exact prêté par Homunity à Fiducim varie selon les sources de presse consultées (20 M€ ou 27 M€) : aucune des deux n'est un rapport réglementaire ou une déclaration chiffrée officielle, et la page statistique officielle d'Homunity ne publie ni taux de défaut ni détail par projet. Les cas DBI Investissements et Sunergis, bien que plus anciens et de montants unitaires plus modestes, illustrent que la promesse d'un actif tangible ne protège pas structurellement le capital.
Au-delà de ces défaillances de porteurs de projets, le secteur a aussi connu des cessations d'activité de plateformes elles-mêmes — un risque distinct, qui prive l'investisseur de son intermédiaire habituel de suivi. Koregraf, l'un des pionniers du crowdfunding immobilier français, a cessé les paiements le 17 avril 2025, demandé elle-même le retrait de son agrément PSFP le 22 avril, avant d'être placée en liquidation judiciaire sans poursuite d'activité le 20 mai 2025 par le Tribunal de commerce de Bordeaux — l'AMF ayant effectivement retiré son agrément le 30 juin 2025. Un prestataire de continuité (CAPSENS) a été désigné pour suivre les remboursements aux clients. WeShareBonds, adossée à La Banque Postale, a de son côté suspendu son activité commerciale fin 2024 et prélève, depuis le 1er décembre 2024, 2 % sur tous les flux remboursés aux prêteurs pour financer sa gestion extinctive.
Ce que disent les statistiques sectorielles
Le baromètre de référence du secteur, publié conjointement par France FinTech (qui a intégré l'association historique Financement Participatif France en mai 2024) et Forvis Mazars, confirme que la dégradation observée sur les cas nommés ci-dessus n'est pas isolée : elle est sectorielle et récente.
Mi-2024 | 2025 | |
|---|---|---|
| Projets en retard de remboursement de plus de 6 mois | 15-20 % | 25-30 % |
| Projets en procédure collective | 4-6 % | 20-25 % |
| Rendement brut moyen affiché par les plateformes | 10,6 % (année 2024) | 11,0 % (année 2025) |
| Collecte immobilière annuelle | 861 M€ / 1 139 projets (2024) | 845 M€ / 1 004 projets (2025) |
- Projets en retard de remboursement de plus de 6 mois
- 15-20 %
- Projets en procédure collective
- 4-6 %
- Rendement brut moyen affiché par les plateformes
- 10,6 % (année 2024)
- Collecte immobilière annuelle
- 861 M€ / 1 139 projets (2024)
- Projets en retard de remboursement de plus de 6 mois
- 25-30 %
- Projets en procédure collective
- 20-25 %
- Rendement brut moyen affiché par les plateformes
- 11,0 % (année 2025)
- Collecte immobilière annuelle
- 845 M€ / 1 004 projets (2025)
Le baromètre 2025 renonce pour la première fois à publier un chiffre de perte définitive, la méthodologie étant jugée trop complexe (garanties variables, issues judiciaires en cours). La collecte immobilière reste le premier segment du crowdfunding français, mais recule en part relative à 47,9 % de la collecte totale (1,763 milliard d'euros tous segments confondus en 2025, en hausse de 1,8 % après deux années de recul).
La hausse du rendement brut moyen affiché — de 10,6 % à 11,0 % — au moment précis où les procédures collectives quadruplent en dix-huit mois n'est probablement pas une coïncidence : elle tend à indiquer que les plateformes relèvent leurs taux affichés pour compenser la perte de confiance des investisseurs, plutôt que parce que le risque sous-jacent aurait effectivement baissé. C'est une lecture raisonnable de deux faits sourcés indépendamment, pas une affirmation causale établie par le baromètre lui-même.
Un agrégateur indépendant (non un rapport réglementaire officiel consolidé) publie des taux de défaut par plateforme, construits à partir des déclarations volontaires de chacune : Fundimmo afficherait 17,75 % de défaut pour 0 % de perte définitive, ClubFunding 19,25 % pour 0,01 %, Wiseed 22,52 % pour 6,54 %, Raizers 24,36 % pour 0 %, et Homunity 31,19 % pour 9,01 %. Ces chiffres n'ont pas pu être recoupés directement sur les rapports annuels réglementaires individuels de chaque PSFP lors de la rédaction de cet article — à vérifier auprès de la plateforme elle-même avant toute décision, plutôt qu'à prendre pour argent comptant. Pour un profil recherchant un rendement autour de 5 % sans ce niveau d'incertitude, voir notre sélection de placements sécurisés.
Le risque spécifique d'une opération au Maroc
Un club deal adossé à une opération de promotion immobilière au Maroc ajoute une couche de risque que le cadre français ne couvre pas. Premier point, souvent sous-estimé : en vertu du principe de territorialité de la supervision financière, l'AMF et l'ACPR n'ont pas compétence sur une opération purement marocaine, structurée et exécutée au Maroc. Le seul cadre de protection éventuel serait marocain — et c'est précisément là que le montage se heurte à un obstacle structurel.
La FAQ officielle de l'AMMC (Autorité Marocaine du Marché des Capitaux) est sans ambiguïté sur le périmètre du crowdfunding régulé au Maroc : « Le Crowdfunding peut couvrir toutes les activités licites. Quelques activités sont néanmoins exclues. Il s'agit de l'activité de promotion immobilière et de toute activité à caractère politique ou religieux. » Concrètement, un club deal adossé à une opération de promotion immobilière marocaine ne peut pas être structuré comme un crowdfunding agréé AMMC — il échappe donc, structurellement, à la supervision des deux régulateurs, français et marocain, simultanément. L'AMMC a publié plusieurs alertes en 2025-2026, mais elles visent des conseils en investissement non autorisés et des plateformes de trading frauduleuses diffusées sur WhatsApp ou Telegram — des alertes générales, pas une mise en garde nommant un club deal ou un opérateur de promotion immobilière.
- Aucune garantie en capitalUn club deal en obligations, actions de préférence ou compte courant d'associé ne bénéficie d'aucun mécanisme de garantie assimilable à une obligation zéro-coupon. Le remboursement dépend intégralement de la réussite opérationnelle du projet et de la solvabilité du promoteur — comme l'illustrent les cas nommés plus haut.
- Aucun fonds de garantie de type FGDR ou FGAPNi le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution, ni le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes ne couvrent une créance ou une action de préférence dans une SCI ou une SAS de club deal — ces fonds sont propres aux dépôts bancaires et aux contrats d'assurance-vie ou de prévoyance.
- Illiquidité quasi totaleLa durée typique observée dans la littérature spécialisée est de 12 à 36 mois, capital bloqué jusqu'à la sortie prévue (cession de l'actif), sans porte de sortie anticipée en dehors d'une clause négociée dans le pacte d'associés — une clause rarement prévue ou fortement pénalisante lorsqu'elle existe.
- Absence de cadre réglementaire hors plateforme agrééeUn club deal souscrit directement, sans passer par un PSFP, échappe à toutes les obligations du règlement ECSP (test de connaissance, simulation de capacité de perte, fiche d'informations clés). Sa seule protection éventuelle dépend d'une requalification a posteriori du montage, comme dans l'affaire Eternam — une sanction qui intervient après la commercialisation, pas avant.
- Double absence de supervision pour une opération au MarocLa promotion immobilière est explicitement exclue du crowdfunding régulé par l'AMMC, et l'AMF comme l'ACPR n'ont aucune compétence sur une opération purement marocaine. Le montage peut donc échapper structurellement à toute supervision financière, française comme marocaine.
- Risque de change et de rapatriement du capitalLe dirham reste encadré pour les opérations en capital. Le rapatriement du capital et des revenus dépend de la traçabilité de l'apport initial (devises étrangères, circuit bancaire, déclaration à l'Office des Changes) — un formalisme d'entrée des fonds dont le non-respect par le montage peut compromettre ou retarder la sortie.
- Risque foncier propre au MarocLe régime foncier marocain coexiste entre biens titrés (immatriculés, opposables à tous) et biens non titrés, dont la melkia (acte traditionnel contestable par un tiers) et les terres collectives, généralement inaliénables. L'existence d'un titre foncier immatriculé est présentée comme une condition quasi indispensable pour un investisseur étranger — un actif non titré porte un risque juridique significativement plus élevé.
- Dégradation sectorielle documentée et récenteLes procédures collectives touchant les porteurs de projets immobiliers financés en crowdfunding sont passées de 4-6 % mi-2024 à 20-25 % en 2025 selon le baromètre France FinTech / Forvis Mazars — un quadruplement en dix-huit mois, au moment même où le rendement affiché du secteur augmente.
Sur le plan fiscal, une opération marocaine reste couverte par la convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970, modifiée par l'avenant du 18 août 1989 (publié par le décret n° 90-1135 du 18 décembre 1990) : les revenus immobiliers sont imposables dans l'État où se situe le bien — donc au Maroc — la France appliquant la méthode du taux effectif pour le calcul de l'impôt sur les autres revenus du foyer. Pour les dividendes de source marocaine versés à un résident fiscal français, la convention plafonne en principe la retenue à la source marocaine à 15 % du montant brut lorsque le bénéficiaire effectif est identifié — un point à faire confirmer par un fiscaliste au moment de la souscription, les modalités précises (certificats de résidence, formalités) pouvant évoluer.
Un devoir de conseil structurellement plus léger qu'en assurance-vie
Le site traite déjà, pour le courtage en assurance-vie, le régime du devoir de conseil écrit et individualisé des articles L.521-4 et L.522-5 du Code des assurances — voir notre article sur les recours après signature d'un produit structuré. Pour un club deal passant par un PSFP, le régime est structurellement plus léger.
PSFP (club deal via plateforme) | Courtier en assurance-vie | |
|---|---|---|
| Base légale | Art. L.548-6 CMF + art. 21 du règlement ECSP | Art. L.521-4 et L.522-5 du Code des assurances |
| Nature de l'obligation | Conduite « honnête, équitable, transparente et professionnelle » + test d'adéquation minimal | Devoir de conseil écrit et individualisé, motivant le choix du produit |
| Recommandation personnalisée au produit souscrit | Non — le PSFP avertit, il ne recommande pas | Oui |
| Charge de la preuve en cas de litige | Non établie de façon équivalente — obligation de comportement général, pas de conseil individualisé | Pèse sur le professionnel (jurisprudence constante depuis 1997, confirmée en assurance-vie en 2016) |
- Base légale
- Art. L.548-6 CMF + art. 21 du règlement ECSP
- Nature de l'obligation
- Conduite « honnête, équitable, transparente et professionnelle » + test d'adéquation minimal
- Recommandation personnalisée au produit souscrit
- Non — le PSFP avertit, il ne recommande pas
- Charge de la preuve en cas de litige
- Non établie de façon équivalente — obligation de comportement général, pas de conseil individualisé
- Base légale
- Art. L.521-4 et L.522-5 du Code des assurances
- Nature de l'obligation
- Devoir de conseil écrit et individualisé, motivant le choix du produit
- Recommandation personnalisée au produit souscrit
- Oui
- Charge de la preuve en cas de litige
- Pèse sur le professionnel (jurisprudence constante depuis 1997, confirmée en assurance-vie en 2016)
L'article 21 du règlement ECSP impose un test d'adéquation minimal (« appropriateness test » : connaissance, expérience, capacité de perte), mais pas de recommandation personnalisée au sens d'un CIF ou d'un courtier en assurance : le PSFP évalue si le service pourrait ne pas convenir et avertit le client, il ne choisit pas et ne justifie pas le produit pour ce client précis. L'écart de protection avec l'assurance-vie est réel et documentable, mais ne doit pas être présenté comme une absence totale de cadre juridique : le PSFP reste tenu à des obligations d'information et de conduite.
Cet écart de protection prend un relief particulier à la lumière de la hausse de 88 % des dossiers de médiation liés au crowdfunding relevée par le Médiateur de l'AMF pour 2024 : le Médiateur y pointe justement la qualité du conseil donné au moment de la souscription comme l'une des deux causes récurrentes des litiges, aux côtés de la complexité des opérations financées. Un club deal souscrit hors PSFP — via un CGP, un family office ou un réseau privé, sans passer par une plateforme — n'est, quant à lui, soumis à aucune de ces obligations minimales : ni test d'adéquation, ni fiche d'informations clés, ni conduite encadrée par un texte spécifique au financement participatif.
Un rendement cible qui n'est pas anormal, mais qui rémunère un risque réel
Le rendement cible supérieur à 10 % que l'on retrouve dans la plupart des présentations commerciales de club deals, y compris à l'étranger, se situe dans la fourchette haute mais pas hors norme du secteur : 11,0 % de rendement brut moyen affiché en 2025 selon le baromètre France FinTech / Forvis Mazars. Ce n'est donc pas, en soi, un signal d'anomalie manifeste au regard du marché — c'est la norme affichée du secteur, précisément au moment où les taux de défaut et de retard explosent. Un profil qui recherche ce niveau de rendement sans mesurer ce contraste s'expose à sous-estimer le risque réellement pris — c'est le même écueil que nous documentons pour d'autres placements à rendement cible élevé, comme les FCPI et FIP, où l'avantage fiscal affiché masque parfois un risque de perte en capital tout aussi réel.
Le contraste avec le positionnement capital garanti que nous défendons sur ce site tient à trois faits vérifiés, et non à une affirmation générale de dangerosité : l'absence de toute garantie en capital assimilable à un fonds euros ou une obligation zéro-coupon, l'absence de fonds de garantie de type FGDR ou FGAP, et une illiquidité de 12 à 36 mois sans porte de sortie anticipée en dehors d'une clause négociée — rarement prévue — dans le pacte d'associés. Aucun de ces trois faits ne dit qu'un club deal est frauduleux ou illégal : ils disent simplement que le rendement cible affiché rémunère un risque de perte en capital réel, documenté par des cas nommés, et non un supplément de rendement « gratuit ».
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un club deal immobilier, exactement, et est-ce un produit régulé comme une SCPI ?+
Non. Une SCPI est un placement collectif agréé par l'AMF, avec des règles de composition, de liquidité et d'information encadrées. Un club deal immobilier n'a pas de statut juridique propre nommé « club deal » en droit français : c'est un montage ad hoc, le plus souvent une SCI ou une SAS créée pour une opération identifiée, dans laquelle les investisseurs entrent via des obligations, des actions de préférence ou des comptes courants d'associés. Ils ne deviennent jamais propriétaires du bien — ce sont des créanciers ou des associés d'une société faiblement capitalisée, créée pour l'occasion, comme l'a explicitement rappelé l'AMF dans sa mise en garde du 29 décembre 2022 sur les plateformes de « royalties immobilières », un schéma structurellement identique.
Un rendement cible de 10 % ou plus est-il en soi un signal d'alerte ?+
Pas isolément : selon le baromètre France FinTech / Forvis Mazars, le rendement brut moyen affiché par l'ensemble des plateformes de crowdfunding immobilier français était de 11,0 % en 2025, contre 10,6 % en 2024. Un rendement cible supérieur à 10 % est donc la norme affichée du secteur, pas une anomalie. Le problème n'est pas le chiffre en lui-même : c'est qu'il est affiché à un moment où les taux de retard et de procédures collectives se sont dégradés très fortement sur la même période — ce qui interroge sur ce que ce rendement rémunère réellement.
Qu'est-ce qu'un PSFP et pourquoi ce statut change-t-il tout pour un club deal ?+
Le statut de Prestataire de Services de Financement Participatif (PSFP) est obligatoire, en France et dans l'Union européenne, depuis le 10 novembre 2023, en application du règlement européen 2020/1503 (dit ECSP). Un PSFP doit notamment soumettre l'investisseur non averti à un test de connaissance renouvelé tous les deux ans, à une simulation de sa capacité à supporter les pertes (10 % de son patrimoine net, révisée chaque année), et lui remettre une fiche d'informations clés standardisée. Un club deal souscrit directement — obligations, actions de préférence ou compte courant d'une SCI ou d'une SAS, sans passer par une plateforme agréée — n'est soumis à aucune de ces obligations et échappe totalement à ce cadre.
Un club deal proposé directement par un CGP ou un family office, sans plateforme, est-il moins protégé ?+
Sur le plan réglementaire, oui, structurellement : aucune des obligations du règlement ECSP (test de connaissance, simulation de capacité de perte, fiche d'informations clés, plafond de collecte de 5 000 000 € par porteur de projet et par période de douze mois glissants) ne s'applique à une souscription directe hors plateforme. La seule protection éventuelle dépend alors de la qualification juridique du produit lui-même — c'est précisément le terrain sur lequel l'AMF est intervenue dans l'affaire Eternam, en requalifiant deux véhicules de club deal en « Autres FIA ».
Que s'est-il passé avec Eternam, et pourquoi ce cas est-il important pour un investisseur ?+
Le 9 septembre 2025, la Commission des sanctions de l'AMF (décision SAN-2025-08) a infligé 400 000 € d'amende à la société de gestion Eternam pour des manquements dans la commercialisation de deux club deals immobiliers, « Aigle Noir » et « Mercure Tours », des SAS destinées à regrouper un nombre restreint d'investisseurs. La Commission a jugé que ces véhicules devaient être requalifiés en « Autres FIA » au sens de l'article L.214-24 du Code monétaire et financier, ce qui impose l'ensemble du corpus réglementaire de la gestion collective. Ce cas montre que l'absence de statut nommé « club deal » n'exonère pas l'opérateur de risque réglementaire — mais la sanction intervient après coup, une fois l'opération déjà commercialisée, et ne garantit à l'investisseur ni remboursement ni performance.
Un club deal immobilier au Maroc peut-il être un crowdfunding régulé par l'AMMC ?+
Non, par construction. La FAQ officielle de l'Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) est explicite : « Il s'agit de l'activité de promotion immobilière et de toute activité à caractère politique ou religieux » parmi les activités exclues du crowdfunding régulé au Maroc. Un club deal adossé à une opération de promotion immobilière marocaine ne peut donc pas être structuré comme un crowdfunding agréé AMMC — il échappe structurellement à la supervision des deux régulateurs, français et marocain, simultanément. L'AMF et l'ACPR n'ont par ailleurs aucune compétence sur une opération purement marocaine.
Le capital investi au Maroc peut-il être rapatrié en France sans difficulté ?+
En principe oui, mais à une condition précise : le dirham marocain reste encadré pour les opérations en capital, et le rapatriement du capital, des dividendes et des plus-values dépend de la traçabilité de l'apport initial — celui-ci doit avoir été effectué en devises étrangères, via le circuit bancaire, et régulièrement déclaré à l'Office des Changes. Si le montage marocain ne respecte pas scrupuleusement ce formalisme d'entrée des fonds, le rapatriement peut être compromis ou retardé — un risque opérationnel distinct du risque de marché, propre à ce type d'investissement transfrontalier.
Que se passe-t-il si la plateforme elle-même cesse son activité, comme Koregraf ou WeShareBonds ?+
C'est un risque distinct de la défaillance d'un porteur de projet. Koregraf, l'un des pionniers du secteur, a cessé les paiements le 17 avril 2025, demandé elle-même le retrait de son agrément PSFP le 22 avril, été placée en liquidation judiciaire le 20 mai 2025, et a vu son agrément effectivement retiré par l'AMF le 30 juin 2025 — elle laissait 198 projets en cours pour près de 160 millions d'euros de capital restant dû. WeShareBonds a suspendu son activité commerciale fin 2024 et prélève, depuis le 1er décembre 2024, 2 % sur tous les flux remboursés aux prêteurs pour financer sa gestion extinctive. Dans les deux cas, l'investisseur doit alors se retourner seul contre le porteur de projet, sans l'intermédiaire habituel de la plateforme.
Quelles questions concrètes poser avant de signer un club deal immobilier ?+
Le montage passe-t-il par un PSFP agréé AMF, ou s'agit-il d'une souscription directe hors plateforme ? Quel est l'instrument exact (obligations, actions de préférence, compte courant) et son rang en cas de défaillance ? Quelle est la durée réelle de blocage et existe-t-il une clause de sortie anticipée dans le pacte d'associés ? Pour une opération à l'étranger, sous quel régime le foncier est-il détenu (titre foncier immatriculé, ou statut plus incertain), et l'apport initial sera-t-il déclaré selon le formalisme requis pour permettre le rapatriement ? Enfin, qui — le monteur, la plateforme, ou personne — porte une obligation de conseil individualisée sur l'adéquation de ce placement à votre situation ?
Ce qu'il faut retenir
Un club deal immobilier n'est ni un placement régulé comme une SCPI, ni nécessairement une fraude : c'est un montage ad hoc dont le niveau de protection dépend entièrement de sa structuration. Quand il passe par un PSFP agréé, l'investisseur bénéficie d'un test de connaissance, d'une simulation de capacité de perte et d'une fiche d'informations clés — un cadre minimal, mais réel, obligatoire depuis le 10 novembre 2023. Quand il est souscrit directement, hors plateforme, ce cadre disparaît entièrement, et seule une requalification a posteriori — comme dans l'affaire Eternam, sanctionnée 400 000 € par l'AMF en septembre 2025 — peut sanctionner un montage mal structuré, sans garantir à l'investisseur ni remboursement ni performance. Le rendement cible supérieur à 10 % n'est pas un signal d'alerte en soi : c'est la norme affichée du secteur en 2025, au moment précis où les procédures collectives touchant les porteurs de projets ont quadruplé en dix-huit mois. Pour une opération à l'étranger, notamment au Maroc, deux vérifications supplémentaires s'imposent avant toute signature : la promotion immobilière étant exclue du crowdfunding régulé par l'AMMC, ni l'AMF ni l'ACPR ni l'AMMC ne couvrent le montage — et le formalisme de déclaration de l'apport initial conditionne, seul, la faculté de rapatrier le capital.
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