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Avant de signer

Produit structuré signé, capital finalement non garanti : quels recours ?

Un rendez-vous où le conseiller évoque une « garantie du capital à l'échéance », une signature électronique, puis un document d'informations clés reçu plusieurs mois plus tard qui indique en gras « capital non garanti » : cette situation, recomposée à partir de plusieurs dossiers et anonymisée, ouvre plusieurs voies de recours distinctes, chacune avec son propre délai. Cet article les détaille dans l'ordre où elles doivent être vérifiées — de la renonciation prorogée jusqu'à la prescription, qui en assurance-vie ne court qu'à compter du rachat. Aucune de ces voies ne garantit une issue : l'appréciation reste, en dernier lieu, celle d'un médiateur ou d'un juge.

Par Alexandre Pollet — Publié le 17 septembre 2026 · PlacementGaranti

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La situation qui suit est recomposée à partir de plusieurs rendez-vous et anonymisée. Un épargnant souscrit, au sein d'un contrat d'assurance-vie, un produit structuré commercialisé sous une appellation type « Capital Protégé » : barrière de protection, rappel anticipé automatique à chaque date d'observation trimestrielle, sous-jacent un indice actions américain. Au rendez-vous, le conseiller évoque à plusieurs reprises une « garantie du capital à l'échéance ». La signature se fait électroniquement, dans la foulée. Plusieurs mois plus tard, l'épargnant reçoit enfin le document d'informations clés (DIC) et les conditions définitives du produit — et découvre, en gras, la mention « capital non garanti ». Que peut-il faire, dans quel ordre, et avec quels délais ? C'est l'objet de cet article, pas celui de promettre une issue qu'aucun professionnel ne peut garantir à l'avance.

Capital Garanti, Capital Protégé : une confusion qui commence souvent au rendez-vous

Les deux appellations désignent des mécanismes différents, pas des nuances marketing d'un même produit. Un Capital Garanti repose sur une obligation zéro-coupon qui rembourse 100 % du nominal à l'échéance, sans condition de marché — la garantie ne disparaît qu'en cas de défaut de l'émetteur. Un Capital Protégé repose sur une protection conditionnelle : le capital n'est rendu à 100 % que si le sous-jacent n'a pas franchi une barrière à la date de constatation ; en cas de franchissement, la perte porte sur la baisse totale du sous-jacent, pas seulement sur la fraction au-delà de la barrière. Ce mécanisme est détaillé, comparatif chiffré à l'appui, dans notre article Capital Garanti vs Capital Protégé : lequel choisir. Le cas traité ici commence exactement à l'endroit où cette distinction s'efface à l'oral : un discours qui emploie le mot « garantie » pour décrire un mécanisme de protection conditionnelle, sur un produit structuré dont le rappel anticipé automatique — l'autocall — rend la lecture de l'échéance réelle du produit d'autant plus difficile pour un souscripteur non averti.

Ce que le document arrivé plusieurs mois après la signature aurait dû dire dès le premier jour

Le règlement (UE) n° 1286/2014 dit PRIIPs impose que le DIC soit fourni « en temps utile avant que [l']investisseur[s] ne soi[en]t lié[s] par un contrat ou une offre » (art. 13 §1) — c'est-à-dire avant la signature, pas plusieurs mois après. Le contenu de ce document est prescrit au mot près par le règlement délégué (UE) 2017/653 : un produit sans aucune protection doit porter la mention « Ce produit ne prévoyant pas de protection contre les aléas de marché, vous pourriez perdre tout ou partie de votre investissement » ; un produit à protection conditionnelle par barrière indique, d'une façon ou d'une autre, que cette protection « ne s'appliquera pas en cas [...] de sortie avant » la date prévue ou le franchissement de la barrière. Notre article Lire un DIC PRIIPs en 5 minutes explique comment repérer ces formules en moins de cinq minutes — précisément ce que le document reçu tardivement aurait permis de vérifier avant, et non après, la signature.

Ce qui est retenu au rendez-vous, ce que le document écrit impose de préciser
Discours oral rapporté
Sur la garantie du capital
« Garantie du capital à l'échéance », sans mention de condition
Sur le niveau de risque
Rarement quantifié à l'oral
Sur une sortie avant l'échéance
Souvent non abordé, ou minimisé
Sur la nature du contrat au sens du Code des assurances
Nom commercial du produit (« Capital Protégé »), pouvant prêter à confusion avec un Capital Garanti
Formule imposée par le DIC ou l'encadré réglementaire
Sur la garantie du capital
Formule PRIIPs sur l'absence de protection inconditionnelle, ou sur les conditions de la barrière (Annexe III, éléments F, G ou H selon la structuration)
Sur le niveau de risque
Indicateur synthétique de risque affiché de 1 à 7 en première page du DIC
Sur une sortie avant l'échéance
Valeur de marché du produit, potentiellement inférieure au nominal ; en assurance-vie, valeur liquidative de l'unité de compte correspondante
Sur la nature du contrat au sens du Code des assurances
Encadré réglementaire d'une page maximum, en tête de la proposition, mentions imposées dans un ordre fixé (art. A132-8)

Le contenu exact de cet encadré est fixé par l'article A132-8 de l'annexe au Code des assurances — et non par les articles A132-4 ou A132-4-1, qui régissent d'autres mentions de la note d'information. Pour les supports en unités de compte, l'encadré doit indiquer « en caractères très apparents » que les montants investis « ne sont pas garantis mais sont sujets à des fluctuations à la hausse ou à la baisse ».

Première vérification, avant toute autre démarche : la date réelle de remise des documents

L'article L132-5-1 du Code des assurances ouvre un délai de renonciation de trente jours calendaires, qui ne court pas à compter de la signature mais à compter du moment où le souscripteur « est informé que le contrat est conclu ». L'article L132-5-2 impose à l'assureur de remettre, contre récépissé, une note d'information sur les conditions d'exercice de cette faculté et sur les dispositions essentielles du contrat — et prévoit une sanction précise en cas de manquement : « le défaut de remise des documents et informations prévus au présent article entraîne, pour les souscripteurs de bonne foi, la prorogation du délai de renonciation [...] jusqu'au trentième jour calendaire révolu suivant la date de remise effective de ces documents, dans la limite de huit ans ». Un DIC et des conditions définitives reçus plusieurs mois après la signature électronique déclenchent directement cette mécanique : ce n'est pas la date de signature qui compte pour apprécier si le délai de renonciation est expiré, mais la date à laquelle ces documents ont réellement été remis.

Cette prorogation est conditionnée à la bonne foi du souscripteur — une condition introduite par la loi du 30 décembre 2014, qui aurait remplacé, selon les versions antérieures du texte, une prorogation jusque-là automatique — un point antérieur à 2015 que nous n'avons pas recoupé sur source primaire. Reste la question de la preuve de la date de remise, qui pèse sur l'assureur : les articles L111-9 et L111-10 du Code des assurances encadrent le recours à un support durable (autre que le papier) pour cette remise, et La Médiation de l'Assurance a déjà rappelé, dans ses avis publiés, qu'un simple lien hypertexte vers un site n'est pas un support durable, et qu'il appartient à l'assureur de prouver la remise effective de la note d'information et du modèle de lettre de renonciation. Concrètement : rassembler les courriels reçus, les dates de connexion à l'espace client, et la date précise de réception du DIC et des conditions définitives est la première pièce à constituer — avant même d'envoyer quoi que ce soit.

Un droit de renonciation prorogé peut-il être jugé abusif ? L'arrêt du 19 mai 2016

Ce délai prorogé n'est plus, depuis un revirement de jurisprudence, un droit purement discrétionnaire. Dans un arrêt du 19 mai 2016 (Cass. 2e civ., n° 15-12.767, publié au bulletin), la Cour de cassation a cassé une décision qui avait validé une renonciation prorogée en se bornant à constater que les conditions légales étaient réunies, « sans rechercher, au regard de la situation concrète [...], [la] qualité d'assurés avertis ou profanes et des informations dont ils disposaient réellement, quelle était la finalité de l'exercice de leur droit de renonciation ». Autrement dit, les juges doivent désormais examiner si l'exercice tardif de la renonciation relève d'un usage légitime du droit — un souscripteur profane qui découvre tardivement, documents en main, que le capital n'est pas garanti — ou d'un usage opportuniste — un souscripteur averti qui profite d'une prorogation pour se dégager d'un placement devenu défavorable pour des raisons de marché sans lien avec l'information reçue. Cette appréciation reste, par construction, factuelle et propre à chaque dossier ; elle ne préjuge d'aucune issue, mais elle indique que la qualité d'information réellement reçue — et donc, de nouveau, la date et le contenu exacts des documents remis — est un élément central du dossier, pas un détail de procédure.

Le devoir de conseil écrit, et une charge de la preuve qui n'est pas la vôtre

Indépendamment de la renonciation, un second fondement existe : le devoir de conseil de l'intermédiaire. L'article L521-4 du Code des assurances impose au distributeur de préciser « par écrit [...] les exigences et les besoins » du souscripteur, de lui fournir des informations « objectives [...] sous une forme compréhensible, exacte et non trompeuse », et de motiver par écrit le choix du contrat conseillé. L'article L522-5, applicable à l'assurance-vie, précise que l'intermédiaire s'enquiert de la situation financière, des objectifs, des connaissances et de l'expérience du souscripteur, et que sa recommandation explique en quoi le contrat proposé est adapté « à sa tolérance aux risques et à sa capacité à subir des pertes ».

Le point décisif, pour un souscripteur qui n'a conservé aucune trace écrite du rendez-vous, tient à la charge de la preuve. L'article 1112-1 du Code civil pose le principe : « il incombe à celui qui prétend qu'une information lui était due de prouver que l'autre partie la lui devait, à charge pour cette autre partie de prouver qu'elle l'a fournie ». La Cour de cassation l'a formulé dès 1997 dans l'arrêt dit Hédreul (1re civ., 25 février 1997, n° 94-19.685) : celui qui est tenu d'une obligation d'information « doit rapporter la preuve de l'exécution de cette obligation ». Appliqué à un courtier en assurance-vie, ce principe a été confirmé par la Cour de cassation le 17 novembre 2016 (2e civ., n° 15-14.820) : « il appartient au courtier, tenu d'un devoir de conseil [...], d'administrer la preuve qu'il s'est acquitté de ses obligations préalablement à la signature du contrat ». Concrètement, ce n'est pas au souscripteur de prouver que le mot « garanti » a été prononcé — c'est au professionnel de produire l'écrit démontrant qu'il a correctement informé et conseillé, écrit dont l'absence, ou la contradiction avec le discours oral rapporté, joue en faveur du dossier du souscripteur.

Ce que l'AMF et l'ACPR disent, noir sur blanc, de ce type précis de produit

La confusion entre garantie et protection n'est pas un angle mort de la doctrine de supervision : elle est nommément visée. La position AMF DOC-2010-05 sur la commercialisation des instruments financiers complexes retient, parmi ses critères de risque de mauvaise commercialisation, une « mauvaise présentation des risques et du profil de gain/perte du produit » visant en particulier les produits « présentés comme alliant protection du capital à échéance et performance » — la description exacte du cas traité ici. La recommandation ACPR 2016-R-04 du 13 décembre 2016 reprend le même critère pour les unités de compte d'assurance-vie et ajoute des obligations pratiques : indiquer avant le choix du support « les conséquences sur le montant du capital investi, en cas de rachat du contrat avant son terme », et recueillir « la preuve que le souscripteur [...] comprend la nature du support proposé [...] ainsi que les risques y afférents ».

Les données de marché publiées par le pôle commun ACPR-AMF donnent la mesure du sujet. L'étude de juin 2026 sur la distribution, les frais et la performance des produits structurés établit qu'à fin 2024, 74 % des produits offraient une protection en capital, mais « seulement 14 % [offraient] une protection totale et inconditionnelle » — 57 % relevant d'une protection conditionnelle par barrière, et 26 % n'offrant aucune protection. La même étude rappelle que « les garanties en capital sont soumises au risque de défaut de l'émetteur et ne sont effectives qu'à l'échéance », et que des non-conformités ont été constatées « pour tous les acteurs de la chaîne » de distribution, notamment sur l'évaluation des connaissances et de l'expérience des clients. Une note explicative de l'AMF publiée à la même période résume le principe en une phrase : « les produits structurés ne doivent pas être assimilés à des placements sans risque ». Nous n'avons en revanche pas trouvé, dans nos recherches, de sanction de l'AMF visant nommément, ces dernières années, un produit structuré vendu à des particuliers comme « garanti » alors qu'il ne l'était pas — le point le plus proche identifié est une sanction ACPR contre un réseau bancaire, détaillée ci-dessous.

Trois précédents à connaître avant d'écrire votre réclamation

Aucun de ces précédents ne porte exactement sur les faits décrits ici — chaque dossier reste jugé sur ses circonstances propres — mais ils balisent la façon dont les juges et le régulateur ont, par le passé, traité l'écart entre une présentation orale rassurante et un document écrit plus prudent.

Trois précédents cités dans les dossiers de ce type, avec leurs références exactes
Bénéfic
La Poste, fonds 1999-2000
Ce qui était en cause
Un fonds promettant, au terme de trois ans, une majoration de capital si l'indice était stable ou en hausse, avec un risque de perte proportionnelle au-delà d'une baisse de 23 %
Décision
Cass. com. 19 sept. 2006 (cinq arrêts, dont n° 05-14.343 et n° 05-14.344) : cassation des jugements ayant condamné La Poste sur la seule foi du document publicitaire, sans vérifier si la notice d'information mentionnait le risque de baisse
Enseignement pour ce type de dossier
La seule brochure commerciale ne suffit pas à trancher : la notice d'information écrite doit être confrontée à ce qui a été dit oralement
Doubl'Ô Monde
Caisses d'Épargne, 2001-2002
Ce qui était en cause
Un fonds dont la publicité annonçait un possible doublement de la mise, sans mentionner une chute antérieure de l'action sous-jacente (Ford) rendant cette perspective illusoire
Décision
Cass. com. 16 févr. 2016, n° 14-23.900 : cassation pour ne pas avoir recherché si le silence sur la chute antérieure du sous-jacent constituait une réticence dolosive (art. 1116 ancien C. civ.)
Enseignement pour ce type de dossier
Le silence sur une information connue et défavorable au moment de la vente peut, selon les faits, constituer une réticence dolosive
Fonds Progressio
La Banque Postale, ACPR
Ce qui était en cause
Des fonds garantis à 8 ans, mais exposés à des pertes en cas de sortie anticipée, y compris logés en unités de compte d'assurance-vie
Décision
ACPR, 18 mai 2017 : blâme et sanction pécuniaire pour manquement au devoir de conseil — décision À VÉRIFIER pour le montant exact, repris de la presse spécialisée
Enseignement pour ce type de dossier
C'est le précédent le plus proche : une protection présentée comme acquise « à terme » mal comprise en cas de sortie avant l'échéance, sanctionnée au titre du devoir de conseil

Références : Cass. com. 19 septembre 2006, n° 05-14.343 et n° 05-14.344 (sens de la décision confirmé, formulation exacte des attendus non recoupée dans le détail) ; Cass. com. 16 février 2016, n° 14-23.900 ; sanction ACPR La Banque Postale du 18 mai 2017 (objet et date confirmés, montant précis issu de la presse spécialisée, à vérifier). Un volet pénal du dossier Doubl'Ô (tribunal correctionnel de Saint-Étienne puis cour d'appel de Lyon, 2012-2013) a également existé selon la presse ; nous n'avons pas retrouvé l'issue du pourvoi en cassation correspondant.

La checklist chronologique : dans quel ordre agir, et avec quels délais

Aucune de ces démarches ne s'exclut ; certaines sont même des préalables obligatoires aux suivantes. L'ordre ci-dessous est celui que nous appliquons pour situer un dossier — chaque délai part d'une date précise qu'il faut d'abord établir avec certitude.

Les cinq démarches, dans l'ordre, avec leur délai indicatif et leur fondement
Délai indicatif
1. Établir la date réelle de remise du DIC et des conditions définitives
Immédiatement, avant toute autre démarche
2. Évaluer, avec un professionnel, l'exercice de la renonciation prorogée
30 jours calendaires à compter de la remise effective, dans la limite de 8 ans, sous condition de bonne foi
3. Envoyer une réclamation écrite formelle
Accusé de réception sous 10 jours ouvrables, réponse sous 2 mois
4. Saisir La Médiation de l'Assurance
Après 2 mois sans réponse satisfaisante, dans l'année suivant la réclamation écrite ; avis sous 90 jours après recevabilité
5. Envisager une action pour manquement au devoir de conseil
5 ans, à compter du rachat et non de la souscription
Fondement
1. Établir la date réelle de remise du DIC et des conditions définitives
Art. 13 du règlement PRIIPs ; art. L132-5-2 C. assur.
2. Évaluer, avec un professionnel, l'exercice de la renonciation prorogée
Art. L132-5-1 et L132-5-2 C. assur. ; Cass. 2e civ. 19 mai 2016, n° 15-12.767 sur l'abus
3. Envoyer une réclamation écrite formelle
Recommandation ACPR 2022-R-01 du 9 mai 2022
4. Saisir La Médiation de l'Assurance
Art. L612-2 et R612-5 C. conso. ; site de La Médiation de l'Assurance
5. Envisager une action pour manquement au devoir de conseil
Art. L521-4 et L522-5 C. assur. ; art. 2224 C. civ. ; Cass. com. 21 juin 2023, n° 21-16.716
Ce que ça permet — sans garantie de résultat
1. Établir la date réelle de remise du DIC et des conditions définitives
Fixer le point de départ réel du délai de renonciation, éventuellement prorogé
2. Évaluer, avec un professionnel, l'exercice de la renonciation prorogée
Récupération de l'intégralité des sommes versées, sans avoir à prouver une faute — si le juge écarte l'abus
3. Envoyer une réclamation écrite formelle
Formaliser la contestation par écrit — un préalable obligatoire à toute médiation
4. Saisir La Médiation de l'Assurance
Un avis gratuit d'un tiers indépendant — non contraignant pour les parties
5. Envisager une action pour manquement au devoir de conseil
Une indemnisation pour perte de chance, appréciée par le juge sur les faits du dossier

Ce calendrier est indicatif et générique ; il ne remplace pas l'analyse d'un dossier précis, où les dates exactes de signature, de remise des documents et, le cas échéant, de rachat déterminent quels délais restent ouverts.

Le bon canal de médiation : La Médiation de l'Assurance, pas le Médiateur de l'AMF

Une confusion fréquente retarde inutilement les dossiers : saisir le Médiateur de l'AMF, qui indique lui-même sur son site n'être « pas compétent pour les litiges relatifs à l'assurance-vie » — y compris lorsque le litige porte sur une unité de compte logée dans ce contrat. Le canal compétent, pour un produit structuré souscrit en assurance-vie et un conseil donné en cette qualité, est La Médiation de l'Assurance, gratuite, à condition d'avoir d'abord envoyé une réclamation écrite à l'assureur ou au courtier et d'avoir attendu deux mois sans réponse satisfaisante, ou reçu une réponse insatisfaisante — la saisine doit ensuite intervenir dans l'année suivant la réclamation écrite, pour un avis rendu sous 90 jours à compter de la recevabilité du dossier. Cet avis n'est pas contraignant pour les parties, mais il constitue, dans les faits, une étape que la plupart des contrats et la réglementation de la consommation imposent avant toute action judiciaire. Le déroulé complet de cette procédure — pièces à joindre, ce qu'il faut attendre de chaque étape, la suite si la médiation échoue — est détaillé dans notre article ACPR, AMF, médiation : la procédure complète en cas de litige.

La prescription : le compteur démarre au rachat, pas à la souscription

C'est le point le plus favorable au souscripteur, et le plus souvent ignoré. L'article 2224 du Code civil fixe une prescription de cinq ans « à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ». Pour un manquement au devoir de conseil en assurance-vie investie en unités de compte, la Cour de cassation a précisé, dans un arrêt du 21 juin 2023 (com., n° 21-16.716, publié), que ce manquement prive le souscripteur d'une chance d'éviter des pertes qui ne se réalisent — et ne se mesurent — qu'au moment du rachat. La prescription ne court donc pas à compter de la date de souscription, plusieurs années auparavant, mais à compter du rachat qui matérialise la perte. Concrètement, un épargnant qui découvre la situation plusieurs mois, voire plusieurs années après avoir signé, n'a pas nécessairement laissé filer son droit d'agir — à condition qu'aucun rachat déjà ancien n'ait, lui, fait courir le délai.

Les risques que nous nommons dans ce type de dossier
  • Confondre le délai de renonciation à 30 jours et le délai de réclamation
    Ce sont deux mécanismes distincts, avec des conditions et des effets différents (restitution intégrale contre indemnisation appréciée au fond). Vérifier lequel reste ouvert avant d'agir évite de fermer une porte par une démarche mal ordonnée.
  • Laisser courir le temps sans établir la date de remise des documents
    Sans cette date, impossible de savoir si le délai de renonciation prorogé est encore ouvert ou déjà expiré dans la limite des huit ans. C'est la première pièce à réunir, pas la dernière.
  • Saisir le mauvais médiateur
    Le Médiateur de l'AMF n'est pas compétent en assurance-vie ; une saisine à cette adresse ne suspend ni le délai d'un an pour saisir La Médiation de l'Assurance, ni aucun autre délai.
  • Racheter dans l'urgence sans mesurer l'effet sur le dossier
    Le rachat fait courir la prescription de l'action pour manquement au devoir de conseil et cristallise la perte réalisée ; ce n'est ni une décision à éviter par principe, ni une décision anodine.
  • Espérer une issue garantie
    L'appréciation de l'abus d'un droit de renonciation, du respect du devoir de conseil ou d'une réticence dolosive reste factuelle et relève du juge ou du médiateur, dossier par dossier. Aucun professionnel ne peut légitimement promettre le résultat à l'avance.

Questions fréquentes

Le conseiller m'a parlé de « garantie du capital », mais le DIC reçu après la signature dit « capital non garanti ». Lequel des deux documents compte ?+

Juridiquement, aucun des deux ne « compte » seul : c'est leur cohérence, ou leur absence de cohérence, qui est examinée. L'écrit remis au moment du conseil (article L521-4 et L522-5 du Code des assurances) est censé motiver le choix du produit ; le document d'informations clés (DIC) impose une formule réglementaire sur les risques. Si le discours oral rapporté contredit ce que l'écrit aurait dû préciser, la charge de la preuve que le devoir de conseil a été correctement rempli pèse sur le professionnel, pas sur vous (Cass. 1re civ. 25 février 1997, dit arrêt Hédreul ; Cass. 2e civ. 17 novembre 2016, n° 15-14.820).

Le délai de renonciation de 30 jours est-il déjà expiré si j'ai signé il y a plusieurs mois ?+

Pas nécessairement. Le délai de 30 jours calendaires de l'article L132-5-1 du Code des assurances ne part pas de la date de signature mais de la date à laquelle vous êtes informé que le contrat est conclu — et l'article L132-5-2 prévoit qu'à défaut de remise des documents obligatoires (dont le DIC), ce délai est prorogé, pour un souscripteur de bonne foi, jusqu'au trentième jour suivant la remise effective, dans la limite de huit ans. Si vous avez reçu le DIC et les conditions définitives plusieurs mois après la signature, c'est cette date de remise qu'il faut vérifier en premier, pas la date de signature.

L'assureur peut-il me reprocher un abus si j'exerce la renonciation prorogée plusieurs mois après la signature ?+

C'est une question de fait, tranchée au cas par cas. Un arrêt de la Cour de cassation du 19 mai 2016 (2e civ., n° 15-12.767) a jugé que les juges ne pouvaient valider une renonciation prorogée sans rechercher la qualité d'assuré averti ou profane du souscripteur, les informations dont il disposait réellement, et la finalité poursuivie en exerçant ce droit. Pour un souscripteur profane qui découvre tardivement, documents en main, que le capital n'est pas garanti, cet arrêt ne ferme pas la porte — mais il rappelle que la renonciation prorogée n'est plus un droit automatique et peut être discutée devant un juge.

Dois-je m'adresser au Médiateur de l'AMF ou à La Médiation de l'Assurance ?+

À La Médiation de l'Assurance, systématiquement, pour un produit structuré souscrit au sein d'une assurance-vie et un conseil donné en cette qualité. Le Médiateur de l'AMF le dit lui-même sur son site : il n'est pas compétent pour les litiges relatifs à l'assurance-vie, y compris lorsqu'une unité de compte est en cause. Confondre les deux fait perdre du temps sur un délai qui, lui, ne s'arrête pas.

Si je rachète maintenant pour limiter la perte, est-ce que cela ferme la porte à un recours ?+

Non — c'est même l'inverse en matière de délai : la Cour de cassation a jugé le 21 juin 2023 (com., n° 21-16.716) que la prescription de l'action pour manquement au devoir de conseil, en assurance-vie en unités de compte, court à compter du rachat et non de la souscription, parce que c'est au rachat que la perte de chance se réalise. Racheter ne vous prive donc pas du recours ; en revanche c'est une décision financière à part entière, à ne pas prendre sous le coup de l'urgence et sans avoir vérifié où vous en êtes dans les délais ci-dessus.

Qui doit prouver que le conseiller a bien parlé de « garantie » et non de « protection conditionnelle » ?+

Pas vous en premier lieu. L'article 1112-1 du Code civil et la jurisprudence issue de l'arrêt Hédreul (1997) font peser sur le professionnel tenu d'une obligation d'information la preuve qu'il l'a exécutée — un principe confirmé pour un courtier en assurance-vie par la Cour de cassation le 17 novembre 2016. Un document de conseil écrit, cohérent avec ce qui a été dit oralement, est justement ce que le professionnel doit produire pour s'en acquitter ; son absence, ou sa contradiction avec le discours oral rapporté, joue en votre faveur dans la discussion.

Suis-je certain d'obtenir gain de cause devant un médiateur ou un juge ?+

Non, et aucun professionnel sérieux ne peut vous le garantir. L'appréciation d'un devoir de conseil mal rempli, d'une renonciation prorogée abusive ou non, ou d'une réticence dolosive reste factuelle et relève, en dernier ressort, du juge du fond. Les précédents cités dans cet article montrent des issues dans les deux sens selon les circonstances précises de chaque dossier — c'est une raison de constituer un dossier solide, pas une raison de renoncer.

Ce type de produit — présenté comme alliant protection du capital et performance — est-il particulièrement surveillé par les régulateurs ?+

Oui, nommément. La position AMF DOC-2010-05 cite, parmi les critères de risque de mauvaise commercialisation, les produits « présentés comme alliant protection du capital à échéance et performance » ; la recommandation ACPR 2016-R-04 du 13 décembre 2016 reprend le même critère pour les unités de compte en assurance-vie. C'est, mot pour mot, la situation décrite dans cet article — ce qui ne présume en rien de l'issue d'un dossier individuel, mais situe le sujet dans une doctrine de supervision établie plutôt que dans une zone grise.

Ce qu'il faut retenir

Découvrir après signature qu'un produit vendu à l'oral comme « garanti » n'est en réalité qu'un Capital Protégé n'est ni un cas isolé ni un vide juridique : les textes — L132-5-1, L132-5-2, L521-4, L522-5 — et la doctrine des régulateurs — AMF DOC-2010-05, ACPR 2016-R-04 — encadrent précisément cette situation, et la jurisprudence, de l'arrêt Hédreul de 1997 à l'arrêt sur la prescription de juin 2023, a construit au fil des décennies des règles qui protègent le souscripteur profane sans jamais lui garantir une issue automatique. La méthode qui se dégage de ces textes tient en cinq étapes datées : établir la date réelle de remise des documents, évaluer la renonciation prorogée, envoyer une réclamation écrite, saisir le bon médiateur, et retenir que la prescription de l'action au fond ne court qu'à compter du rachat. Si votre situation correspond, même partiellement, à ce schéma, la prochaine étape utile est de poser ce calendrier précis — vos dates à vous — sur la table, avant que l'une de ces échéances ne se ferme d'elle-même.

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