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Rembourser son crédit immobilier ou placer : le calcul, taux par taux

Vous avez souscrit en 2020 ou 2021, au plus bas historique du marché, un crédit immobilier à 0,8-1,5 %. Vous avez aujourd'hui de l'épargne disponible. La question paraît simple — rembourser pour « ne plus rien devoir », ou placer parce que le crédit est bon marché — mais la réponse honnête tient à un calcul précis : le taux de votre prêt contre le rendement net de votre placement, une fois l'indemnité de remboursement, la fiscalité et l'assurance emprunteur intégrées.

Par Alexandre Pollet — Publié le 17 septembre 2026 · PlacementGaranti

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Faire le calcul sur mon crédit

C'est l'un des arbitrages qui revient le plus souvent dans les rendez-vous que nous menons avec des emprunteurs de 2020-2021 : un capital restant dû sur un taux qui semble aujourd'hui irréel, et une épargne qui dort sur un livret ou un compte courant en attendant une décision. L'intuition la plus répandue — « je dois de l'argent, je devrais m'en débarrasser » — n'est pas fausse en soi, mais elle ignore un fait simple : à ces niveaux de taux, votre crédit est l'un des financements les moins chers que vous obtiendrez jamais, et le laisser courir pour placer l'épargne ailleurs rapporte, dans l'immense majorité des cas, plus que ce qu'il vous coûte. Cet article détaille le cadre légal exact du remboursement anticipé, la trajectoire des taux qui rend ce constat particulièrement net pour un prêt de 2020-2021, et le calcul complet, chiffre par chiffre, sur un cas type.

Le cadre légal du remboursement anticipé : ce que dit vraiment le Code de la consommation

Trois articles gouvernent la question, et ils sont souvent mal résumés dans les discussions de comptoir. Le premier, l'article L313-47 du Code de la consommation, pose le principe : « L'emprunteur peut toujours, à son initiative, rembourser par anticipation, en partie ou en totalité, les prêts […]. Le contrat de prêt peut interdire les remboursements égaux ou inférieurs à 10 % du montant initial du prêt, sauf s'il s'agit de son solde. » Le point à retenir est dans le verbe : le contrat peut interdire les petits remboursements, il ne le fait pas automatiquement. Ce seuil de 10 % n'est ni une loi générale, ni une protection de l'emprunteur : c'est une faculté que la banque a pu insérer dans votre offre de prêt, ou non. La seule façon de savoir si elle s'applique à vous est de relire la clause de remboursement anticipé de votre contrat — pas de supposer qu'elle existe parce qu'un article de presse ou un conseiller l'a mentionnée en général.

Le deuxième article encadre le coût de l'opération quand une indemnité est due. L'article R313-25 dispose que « l'indemnité éventuellement due par l'emprunteur […] ne peut excéder la valeur d'un semestre d'intérêt sur le capital remboursé au taux moyen du prêt, sans pouvoir dépasser 3 % du capital restant dû avant le remboursement. » Concrètement, votre banque compare deux montants et retient le plus petit : six mois d'intérêts sur le capital que vous remboursez, et 3 % de ce même capital. Sur un crédit à taux bas, le premier calcul est presque toujours inférieur au second — c'est ce mécanisme qui rend l'IRA d'un prêt à 0,9 % dérisoire face à celle d'un prêt à 4 %, à capital remboursé identique.

Le troisième article, souvent invoqué à tort, définit les cas d'exonération. L'article L313-48 prévoit qu'« aucune indemnité n'est due par l'emprunteur en cas de remboursement par anticipation lorsque le remboursement est motivé par la vente du bien immobilier faisant suite à un changement du lieu d'activité professionnelle de l'emprunteur ou de son conjoint, par le décès ou par la cessation forcée de l'activité professionnelle de ces derniers. » Cette exonération suppose une vente du bien, motivée par l'un de ces trois événements précis. Un remboursement simple, financé par une épargne disponible et sans vente du logement, n'entre pas dans ce cadre : il reste soumis au plafond de l'article R313-25, pas à une exonération totale — un point que confirme la lecture littérale du texte, cohérente avec les explications publiées par economie.gouv.fr.

Un prêt à 0,8-1,5 % en 2020-2021 : le point le plus bas d'un cycle de taux inhabituel

Ce qui rend ce calcul particulièrement net pour un emprunteur de 2020-2021 tient à la trajectoire des taux qui a suivi sa souscription. Le tableau ci-dessous croise deux sources indépendantes — l'Observatoire Crédit Logement/CSA et la Banque de France — qui convergent sur la même lecture : les taux moyens du marché n'ont plus jamais retrouvé, depuis, le niveau où ce type de crédit a été signé.

Taux moyen des crédits immobiliers neufs (hors assurance), deux sources indépendantes
Crédit Logement / CSA
Déc. 2021 — plus bas historique
1,06 %
Déc. 2022
2,34 %
Déc. 2023
4,20 %
Janv. 2024 — pic du cycle
Déc. 2024
3,32 %
Déc. 2025
3,17 %
Dernier publié (2026)
3,31 % (août)
Banque de France
Déc. 2021 — plus bas historique
1,06 à 1,10 %
Déc. 2022
2,12 %
Déc. 2023
4,04 %
Janv. 2024 — pic du cycle
4,17 %
Déc. 2024
3,30 %
Déc. 2025
3,08 %
Dernier publié (2026)
3,30 % (juillet)

Sources : Observatoire Crédit Logement/CSA, analyse du marché immobilier, août 2026 ; Banque de France, statistiques des crédits aux particuliers, juillet 2026, et taux d'usure T3 2026. Un prêt souscrit en 2020-2021 à 0,8-1,5 % a été contracté au plus bas historique, bien en dessous de tous les niveaux observés depuis — y compris le niveau actuel, environ deux fois plus élevé.

Le contexte de marché de septembre 2026 confirme cette lecture. Le taux d'usure applicable au troisième trimestre 2026, publié par la Banque de France, s'établit à 4,57 % pour les prêts à taux fixe de 10 à moins de 20 ans et 5,29 % au-delà — des plafonds réglementaires qui donnent une idée du niveau auquel se financent aujourd'hui les nouveaux emprunteurs. L'OAT à 10 ans, indice de référence du coût de la dette de l'État et donc, indirectement, du coût auquel les banques se refinancent, atteignait 4,52 % au 16 septembre 2026 selon l'Agence France Trésor. Autrement dit : un emprunteur qui souscrirait aujourd'hui ne retrouvera pas le taux obtenu en 2020-2021, et rembourser par anticipation revient, pour ce capital-là, à renoncer à l'un des financements les moins chers du marché pour le remplacer par rien — puisque l'argent remboursé cesse de travailler ailleurs.

La fiscalité du crédit et celle du placement ne se compensent pas de la même façon

Côté crédit, la fiscalité ne joue quasiment aucun rôle pour une résidence principale. Le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt issu de la loi TEPA (article 200 quaterdecies du CGI) ne s'applique qu'aux offres de prêt émises avant le 1er janvier 2011 ; il a depuis été remplacé par le PTZ+. Un emprunteur de 2020-2021 ne bénéficie donc d'aucune déduction ni crédit d'impôt sur les intérêts de son crédit résidence principale — ce qui simplifie le calcul : le coût du crédit à comparer est bien son taux nominal, sans correction fiscale.

La nuance apparaît si le crédit finance un bien locatif au régime réel. L'article 31, I, 1°, d du Code général des impôts autorise la déduction des « intérêts de dettes contractées pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration des propriétés » du revenu foncier imposable. Rembourser par anticipation un crédit locatif fait donc perdre une charge déductible, ce qui réduit le gain net réel de l'opération par rapport à un calcul fait en taux brut — un point à intégrer si votre situation correspond à ce cas, plutôt qu'un simple détail théorique.

Côté placement, la fiscalité a changé au 1er janvier 2026. L'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, portant le taux global des prélèvements sociaux à 18,6 % pour la plupart des produits d'épargne — confirmé par impots.gouv.fr. L'article L136-8 du Code de la sécurité sociale maintient toutefois ce taux à 17,2 % pour une liste de produits dont les contrats d'assurance-vie et de capitalisation font partie. Conséquence pour le calcul : un compte à terme ou un compte-titres subit désormais un PFU de 31,4 % (12,8 % + 18,6 %), tandis qu'une assurance-vie reste à 30 % avant huit ans (12,8 % + 17,2 %) et descend à 24,7 % après huit ans (7,5 % + 17,2 %) sur les gains dépassant l'abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple, pour la fraction des primes inférieure à 150 000 €.

Le point qu'on oublie de chiffrer : l'assurance emprunteur qui disparaît avec le crédit

Conserver un crédit, c'est aussi conserver l'assurance qui va avec — et c'est précisément ce qu'on omet le plus souvent dans ce calcul. Tant que le prêt court, l'assureur s'engage à verser à la banque le capital restant dû en cas de décès de l'emprunteur, quelle qu'en soit la cause, et à prendre en charge tout ou partie des mensualités en cas d'incapacité ou d'invalidité. Rembourser par anticipation met fin à cette couverture en même temps qu'au crédit. Le coût de cette prévoyance, c'est la cotisation d'assurance (le TAEA) que vous payez chaque mois — un coût à intégrer honnêtement dans le coût effectif du crédit comparé au placement, plutôt qu'à ignorer parce qu'il n'apparaît pas dans le taux nominal affiché.

Sur ce point précis, la loi Lemoine change la donne en faveur du maintien du crédit plutôt que de son remboursement. Depuis le 1er septembre 2022, l'article L113-12-2 du Code des assurances permet de résilier son assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni préavis, pour en changer. Un emprunteur de 2020-2021 qui paie encore le tarif d'une assurance de groupe souscrite à l'origine peut souvent réduire sa cotisation de façon significative en passant à une délégation d'assurance individuelle, sans toucher au crédit lui-même. Autrement dit : avant de raisonner en tout ou rien — rembourser ou garder — il existe une option intermédiaire, moins radicale et souvent négligée, qui consiste à réduire le coût réel du crédit sans renoncer ni à son faible taux, ni à la couverture décès/invalidité qui protège vos proches d'un remboursement qu'ils n'auraient pas à assumer.

Le calcul complet : 150 000 € restant dû, 0,9 %, 15 ans à courir

Voici l'exemple type que nous utilisons pour objectiver ce choix, avec des paramètres réalistes pour un crédit signé en 2020-2021 : capital restant dû de 150 000 €, taux fixe de 0,9 %, 15 ans restants, mensualité de 891,16 €. Les hypothèses de rendement, de durée et de fiscalité qui suivent sont fournies à titre illustratif et ne constituent pas une garantie de performance.

Sur ces bases, les intérêts restant à payer si le crédit va jusqu'à son terme s'élèvent à 10 408,90 € sur l'ensemble des 15 années, et à 9 204,52 € sur les dix premières années (le capital restant dû tomberait alors à 52 265,25 €). L'indemnité de remboursement anticipé, calculée selon l'article R313-25 sur ces 150 000 € remboursés aujourd'hui, atteint au maximum 675 € — le plus petit des deux plafonds légaux (six mois d'intérêts à 0,9 % : 675 € ; 3 % du capital : 4 500 €). L'économie nette d'intérêts obtenue en remboursant tout de suite plutôt qu'en laissant le crédit courir est donc de 9 733,90 € sur 15 ans, et de 8 529,52 € si l'on s'arrête à l'horizon de dix ans.

Face à cela, que rapportent les mêmes 150 000 € placés plutôt que remboursés ? En prenant un rendement brut de 5 % par an pendant dix ans (l'ordre de grandeur d'un Capital Garanti sur les émissions actuelles), des frais de gestion d'assurance-vie de 0,85 % par an, et une sortie imposée au PFU : les gains bruts atteignent 75 000 €, les frais cumulés 12 750 €, et l'impôt sur les gains nets de frais (62 250 €) s'élève à 18 675 € si le contrat a moins de huit ans (30 %) ou 15 376 € s'il en a plus de huit (24,7 %, après abattement). La valeur finale nette se situe donc entre 193 575 € et 196 874 €, pour un gain net de 43 575 € à 46 874 € sur les 150 000 € investis.

150 000 € restant dû à 0,9 % (15 ans) : rembourser aujourd'hui ou placer sur 10 ans à 5 % brut en assurance-vie
Rembourser par anticipation
Coût immédiat de l'opération
IRA due : 675 € (plafond légal, art. R313-25)
Intérêts économisés ou payés sur 10 ans
8 530 € nets économisés (9 204,52 € d'intérêts dus − 675 € d'IRA)
Valeur nette des 150 000 € à 10 ans
Dette éteinte : plus de capital ni de mensualité restante sur ce montant
Gain net sur 10 ans
+8 530 €
Écart en faveur du placement
Garder le crédit et placer les 150 000 €
Horizon 10 ans, 5 % brut
Coût immédiat de l'opération
Aucun coût d'entrée dans cet exemple, au-delà des frais de gestion intégrés ci-dessous
Intérêts économisés ou payés sur 10 ans
Intérêts payés normalement, mensualité inchangée (891,16 €/mois)
Valeur nette des 150 000 € à 10 ans
193 575 € (fiscalité < 8 ans) à 196 874 € (fiscalité > 8 ans)
Gain net sur 10 ans
+43 575 € à +46 874 €
Écart en faveur du placement
environ 35 000 € à 38 000 €

Calcul effectué par nos soins à partir des paramètres du crédit type (150 000 €, 0,9 %, 15 ans) et d'un rendement illustratif de 5 % brut par an sur 10 ans, frais de gestion 0,85 %/an, fiscalité assurance-vie PFU 30 % ou 24,7 % selon l'ancienneté du contrat. Les hypothèses de rendement, de durée et de fiscalité sont fournies à titre illustratif et ne constituent pas une garantie de performance. Sur l'intégralité des 15 années restantes, l'économie totale d'intérêts atteint 9 734 €, un ordre de grandeur qui reste sans commune mesure avec ce qu'un placement à 5 % génère sur une durée comparable.

L'écart n'est pas marginal : dans cette hypothèse, placer plutôt que rembourser laisse environ 35 000 € de plus dans le patrimoine à horizon dix ans, IRA et fiscalité déduites des deux côtés. C'est ce type de calcul, refait sur vos propres chiffres, qui doit trancher la décision — pas l'intuition de « ne plus rien devoir ». Une fois cet arbitrage posé, la question suivante devient concrète : où placer exactement cette épargne. Notre comparatif Capital Garanti, fonds euros et compte à terme détaille, net d'impôt et de frais, les trois enveloppes sécurisées les plus utilisées pour ce type de capital.

Le seuil d'indifférence : le rendement dont vous avez besoin pour que placer batte rembourser

La règle de décision, si elle n'est écrite noir sur blanc par aucun texte officiel, découle directement des textes qui l'encadrent. Bercy le résume ainsi : « en procédant au remboursement anticipé de votre crédit immobilier […] vous réduisez le coût total de l'emprunt » — un raisonnement qui n'a de sens que si rien de plus rentable n'est fait de cette même somme. L'Institut pour l'éducation financière du public ajoute une précision utile pour un prêt déjà avancé : « le remboursement anticipé d'un prêt est généralement plus intéressant sur la première période du prêt, lorsque le montant des intérêts représente la part la plus importante des mensualités » — ce qui joue contre le remboursement pour un crédit de 2020-2021, déjà avancé de cinq à six ans, où le poids des intérêts restants a déjà largement diminué.

Le tableau suivant traduit ce raisonnement en un chiffre directement utilisable : le rendement brut minimal qu'un placement doit afficher, une fois l'impôt payé, pour égaler exactement le coût de votre crédit — selon son taux et selon l'enveloppe fiscale choisie. Tout rendement supérieur à ce seuil rend le placement plus avantageux que le remboursement.

Rendement brut minimal nécessaire pour égaler le taux net du crédit, selon la fiscalité du placement
Assurance-vie < 8 ans
PFU 30 %
Crédit à 0,9 %
1,29 %
Crédit à 1,5 %
2,14 %
Crédit à 2,5 %
3,57 %
Crédit à 3,5 %
5,00 %
Crédit à 4,5 %
6,43 %
Compte à terme / CTO
PFU 31,4 %
Crédit à 0,9 %
1,31 %
Crédit à 1,5 %
2,19 %
Crédit à 2,5 %
3,64 %
Crédit à 3,5 %
5,10 %
Crédit à 4,5 %
6,56 %
Assurance-vie > 8 ans
24,7 % après abattement
Crédit à 0,9 %
1,20 %
Crédit à 1,5 %
1,99 %
Crédit à 2,5 %
3,32 %
Crédit à 3,5 %
4,65 %
Crédit à 4,5 %
5,98 %

Calcul effectué par nos soins : rendement brut = taux du crédit ÷ (1 − taux d'imposition applicable). Illustration à titre pédagogique, hors frais de gestion du placement et hors correction pour un éventuel avantage fiscal du crédit (cas d'un bien locatif au régime réel, où le seuil réel est légèrement plus bas). Pour un crédit à 0,8-1,5 % typique d'un prêt souscrit en 2020-2021, tous les placements sécurisés courants — fonds euros à 2,5-3 %, compte à terme à environ 3 %, Capital Garanti à environ 5 % — dépassent largement ce seuil.

La lecture est directe : pour un crédit à 0,8-1,5 %, il suffit d'un rendement net d'à peine 1,2 à 2,2 % pour que placer batte rembourser — un seuil que dépasse déjà un simple compte à terme à 3 %, sans même mobiliser un support plus dynamique. Le calcul ne se resserre réellement qu'à partir de 3,5 % de taux de crédit, où le seuil de rendement nécessaire dépasse ce que proposent les fonds euros et les comptes à terme classiques et se rapproche de ce qu'offre un Capital Garanti ; il ne bascule franchement en faveur du remboursement qu'à partir de 4-4,5 % ou plus, un niveau que seuls les crédits signés au pic du cycle, fin 2023 ou début 2024, ont pu atteindre.

Les risques que nous nommons avant de recommander de placer plutôt que rembourser
  • Le risque de l'émetteur du placement
    Un rendement de 5 % sur dix ans suppose un support solide et détenu jusqu'à son terme. Vérifier la notation et le rang de dette de l'émetteur avant de placer une somme équivalente à un capital restant dû n'est pas optionnel — voir notre article sur la lecture d'une notation d'émetteur.
  • Le risque de rupture d'épargne de précaution
    Placer plutôt que rembourser suppose de conserver, à côté, une épargne disponible sans pénalité pour les imprévus. Un placement à horizon dix ans immobilisé en totalité, sans réserve liquide, expose à devoir emprunter à nouveau — souvent à un taux moins favorable — en cas de coup dur.
  • Le risque de perte de la couverture décès/invalidité
    Rembourser par anticipation éteint l'assurance emprunteur attachée au crédit. Sans couverture de remplacement, vos proches perdent la garantie qui aurait pris en charge le capital restant dû en cas de décès ou d'invalidité — un risque à traiter avant de solder, pas après.
  • Le risque d'un mauvais calcul de l'IRA
    Certaines banques appliquent, par erreur ou par défaut, un calcul moins favorable que le plafond légal. Redemandez systématiquement le détail du calcul et comparez-le vous-même aux deux plafonds de l'article R313-25 avant de signer un remboursement anticipé.

Quand rembourser redevient la meilleure décision

Rien de ce qui précède ne dit qu'il faut toujours placer plutôt que rembourser : le calcul est sensible au taux du crédit, et un lecteur qui aurait signé en 2023 ou début 2024, au pic du cycle autour de 4,0 à 4,2 %, ne se trouve pas dans la même situation qu'un emprunteur de 2020-2021. Le seuil d'indifférence chiffré plus haut donne la réponse chiffre par chiffre : au-delà de 3,5 à 4,5 % de taux de crédit, le rendement net nécessaire pour que le placement l'emporte dépasse ce que proposent la plupart des supports sécurisés courants, et rembourser redevient la décision la plus rationnelle — d'autant plus si l'échéance du crédit est proche d'un départ à la retraite, où alléger les charges fixes pèse autrement que sur un horizon de vingt ans. C'est un arbitrage que nous détaillons sous cet angle précis dans notre checklist patrimoniale des 24 mois avant la retraite.

Un autre facteur, plus discret, joue en faveur du remboursement quand le taux du crédit grimpe : l'inflation. Selon l'INSEE, l'inflation moyenne annuelle s'est établie à 4,9 % en 2023 et 5,2 % en 2022, avant de retomber à 2,0 % en 2024 puis 0,9 % en 2025. Pour un prêt à 0,9-1,0 %, le taux réel de la dette (taux nominal moins inflation) a donc été fortement négatif trois années sur quatre depuis 2022 — un capital restant dû fixé en euros s'est mécaniquement déprécié en valeur réelle pendant que l'inflation grimpait. C'est un avantage supplémentaire à conserver un crédit ancien à taux bas, qui ne joue plus de la même façon pour un crédit récent signé à un taux plus proche de l'inflation actuelle.

Ce qu'il faut retenir

Pour un crédit immobilier à 0,8-1,5 % souscrit en 2020-2021, la réponse honnête au calcul est nette : placer l'épargne disponible sur un support sécurisé bat quasi systématiquement rembourser par anticipation, IRA et fiscalité déduites, parce que le plafond légal de l'indemnité (six mois d'intérêts ou 3 % du capital, le plus petit des deux) reste mécaniquement faible sur un taux bas, et que le seuil de rendement nécessaire pour que le placement l'emporte se situe autour de 1,2 à 2,2 % net — un niveau que dépassent déjà les enveloppes les plus prudentes du marché. Ce constat s'inverse pour des crédits plus chers : autour de 3,5 à 4,5 % de taux, le calcul se resserre puis bascule en faveur du remboursement. Entre les deux, un point mérite d'être vérifié avant toute décision : la couverture décès/invalidité attachée au crédit, qui disparaît avec lui. Le calcul sur vos propres chiffres — taux exact, capital restant dû, durée restante, situation locative ou non — reste la seule façon de trancher sérieusement. Une fois l'arbitrage posé en faveur du placement, la question suivante consiste à choisir la bonne enveloppe pour l'épargne libérée, détaillée dans notre article placer 100 000 € sans risque.

Questions fréquentes

Ma banque me dit que je ne peux pas rembourser plus de 10 % par an : est-ce légal ?+

Ça dépend entièrement de ce qu'écrit votre contrat. L'article L313-47 du Code de la consommation dispose que « le contrat de prêt peut interdire les remboursements égaux ou inférieurs à 10 % du montant initial du prêt, sauf s'il s'agit de son solde » : c'est une faculté laissée à la banque, pas une règle automatique qui s'imposerait à tous les prêts. Si votre contrat ne comporte pas cette clause, rien ne vous interdit un remboursement partiel plus petit. Relisez la clause de remboursement anticipé de votre offre de prêt avant de conclure quoi que ce soit — c'est elle, et elle seule, qui fixe la règle applicable à votre dossier.

Comment calculer moi-même le montant maximal que ma banque peut me réclamer en IRA ?+

Prenez le capital que vous remboursez, multipliez-le par votre taux et par 0,5 (six mois d'intérêts), puis comparez ce chiffre à 3 % de ce même capital : l'indemnité ne peut légalement pas dépasser le plus petit des deux montants (article R313-25 du Code de la consommation). Sur un crédit à 0,8-1,5 %, le premier calcul (six mois d'intérêts) est presque toujours inférieur au second — c'est ce qui explique que l'IRA soit mécaniquement faible sur ce type de prêt, même si votre contrat prévoit le taux le plus défavorable pour vous.

Si je vends mon bien, l'IRA est-elle automatiquement supprimée ?+

Non. L'article L313-48 exonère d'indemnité uniquement lorsque le remboursement fait suite à une vente motivée par un changement de lieu d'activité professionnelle, un décès ou une cessation forcée d'activité de l'emprunteur ou de son conjoint. Une vente pour convenance personnelle, ou un remboursement simple à partir d'une épargne disponible sans vente, ne rentre pas dans ce cadre et reste soumis au plafond de l'article R313-25, pas à une exonération totale.

Si je rembourse par anticipation, que devient mon assurance emprunteur ?+

Elle s'éteint avec le crédit qu'elle couvre, et c'est précisément le point qu'on oublie de chiffrer. Tant que le prêt court, l'assureur s'engage à verser le capital restant dû à la banque en cas de décès et à prendre en charge tout ou partie des mensualités en cas d'incapacité ou d'invalidité — une couverture qui a un coût (la cotisation) mais qui protège vos proches d'un remboursement qu'ils n'auraient pas à assumer. Rembourser par anticipation met fin à cette prévoyance : avant de solder, vérifiez que vous disposez d'une couverture décès équivalente par ailleurs (contrat individuel, assurance-vie avec clause bénéficiaire adaptée), plutôt que de vous retrouver sans filet le lendemain du virement.

La loi Lemoine change-t-elle le calcul rembourser/placer ?+

Indirectement, oui, et plutôt en faveur du maintien du crédit : depuis le 1er septembre 2022, l'article L113-12-2 du Code des assurances vous permet de résilier votre assurance emprunteur à tout moment pour en changer, sans frais ni préavis. Un emprunteur de 2020-2021 qui paie encore une assurance de groupe au tarif d'origine peut souvent diviser sa cotisation en passant à une délégation, ce qui réduit le coût réel de conserver le crédit — et rend le placement de l'épargne disponible encore plus favorable au calcul.

Mon crédit finance un bien locatif : est-ce que ça change quelque chose ?+

Oui, dans le sens inverse de ce qu'on pourrait croire. Sur une résidence principale, les intérêts ne sont déductibles d'aucun revenu depuis la fin du crédit d'impôt TEPA pour les offres de prêt émises après le 1er janvier 2011 : rembourser ne vous fait perdre aucun avantage fiscal sur ce point. Sur un bien locatif au régime réel, en revanche, l'article 31, I, 1°, d du Code général des impôts autorise la déduction des intérêts d'emprunt de vos revenus fonciers : rembourser par anticipation supprime cette charge déductible, ce qui réduit le gain net réel de l'opération et renforce encore l'intérêt de garder le crédit pour placer.

À partir de quel taux de crédit vaut-il mieux rembourser que placer ?+

Il n'existe pas de seuil universel, parce que la réponse dépend du rendement net que vous pouvez réellement obtenir. Mais l'ordre de grandeur, une fois la fiscalité 2026 intégrée, situe le basculement autour de 3,5 à 4,5 % de taux de crédit : en dessous, un placement sécurisé courant (fonds euros, compte à terme, Capital Garanti) dépasse presque toujours le seuil de rendement nécessaire pour que placer batte rembourser ; au-dessus, l'écart se resserre puis s'inverse. Un crédit à 0,8-1,5 % souscrit en 2020-2021 est très loin en dessous de ce seuil.

Le Capital Garanti à environ 5 % est-il vraiment comparable à un livret pour ce calcul ?+

Non, et c'est une nuance à garder en tête au moment de choisir où placer plutôt que de rembourser. Un Capital Garanti protège le capital à l'échéance, pas en cours de vie, et porte le risque de l'émetteur qui l'a émis — un risque différent de celui d'un compte à terme couvert par le FGDR ou d'un fonds euros. Le seuil d'indifférence chiffré dans cet article dit à partir de quel rendement placer devient supérieur à rembourser ; il ne dit pas quel produit choisir pour l'atteindre. C'est une question distincte, traitée dans notre comparatif des trois enveloppes sécurisées.

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