Trois familles, trois logiques de protection
Le marché des produits « sécurisés » s'étage en trois architectures qu'il faut refuser de confondre : la garantie intégrale (100 % du nominal à l'échéance, quoi qu'il arrive), la garantie partielle (un plancher ferme — 90 %, 85 % — qui borne la perte quelle que soit la baisse), et la barrière (protection totale jusqu'à un seuil — −40 %, −50 % — puis perte intégrale au prorata si le seuil est franchi). La garantie partielle borne le pire cas ; la barrière le conditionne. −10 % maximum contre −52 % possible : ce n'est pas une nuance, c'est une autre classe de produit.
Garanti 100 % Coupon 4,8 % | Garanti 90 % Coupon 6,0 % | |
|---|---|---|
| Coupons cumulés sur 8 ans | 38 400 € | 48 000 € |
| Pire cas à l'échéance (marché −60 %) | 100 000 € + coupons | 90 000 € + coupons |
| Total pire cas | 138 400 € | 138 000 € |
| Total scénario favorable | 138 400 € | 148 000 € |
| Lecture | Résultat unique, connu au jour 1 | Fourchette de 10 000 €, favorablement asymétrique |
- Coupons cumulés sur 8 ans
- 38 400 €
- Pire cas à l'échéance (marché −60 %)
- 100 000 € + coupons
- Total pire cas
- 138 400 €
- Total scénario favorable
- 138 400 €
- Lecture
- Résultat unique, connu au jour 1
- Coupons cumulés sur 8 ans
- 48 000 €
- Pire cas à l'échéance (marché −60 %)
- 90 000 € + coupons
- Total pire cas
- 138 000 €
- Total scénario favorable
- 148 000 €
- Lecture
- Fourchette de 10 000 €, favorablement asymétrique
Cas d'école volontairement pur (coupons inconditionnels, garantie sur nominal brut) : les coupons majorés du 90 % remboursent presque exactement la franchise dans le pire cas — et la conservent dans tous les autres. Chaque émission réelle dévie de ce cas d'école : c'est précisément ce qu'il faut vérifier avant de signer.
Les deux lignes de documentation qui changent tout
« Garantie de 90 % du nominal » vs « de la valeur nette investie ». Sur un contrat avec 2 % de frais d'entrée, la seconde formule signifie 90 % de 98 000 € = 88 200 € : la perte maximale réelle est de 11,8 %, pas 10 %. L'écart semble mince ; sur 400 000 €, il vaut 7 200 €.
Coupons acquis ou reprenables. Les produits sérieux versent des coupons définitivement acquis ; quelques structures agressives les conditionnent rétroactivement au niveau final. Un coupon reprenable transforme la garantie partielle en illusion comptable — c'est un critère d'exclusion immédiat chez nous.
Questions fréquentes
Pourquoi les produits « garantis à 90 % » se multiplient-ils ?+
Arithmétique de structuration : abandonner 10 points de garantie libère du budget d'option, que l'émetteur convertit en coupon supplémentaire — typiquement +1 à +1,5 point par an. Quand les taux baissent et que le 100 % garanti ne paie plus que 3,5-4 %, le 90 % permet de réafficher du 5 %+. Le produit n'est pas malhonnête ; son appellation commerciale l'est parfois.
Une garantie à 90 %, c'est 10 % de perte maximum, vraiment ?+
Vérifiez deux pièges d'écriture : la garantie porte-t-elle sur 90 % du NOMINAL (perte max 10 %, point) ou sur le nominal NET DE FRAIS (la perte réelle dépasse alors 10 %) ? Et les coupons déjà versés sont-ils acquis (oui en général sur les produits sérieux) ? La perte maximale « tout compris » doit figurer en euros dans la documentation — exigez-la écrite.
À qui s'adresse le 90 % plutôt que le 100 % ?+
À l'épargnant qui accepte une franchise, pas un risque de marché : −10 % maximum est une perte bornée et connue d'avance, comparable à une année de mauvais fonds euros en termes réels. Si votre capital peut absorber 10 % sans changer vos projets ET que le supplément de coupon dépasse ~1 point par an, l'échange est rationnel. Si la perte de 10 % remettrait en cause un projet daté, restez au 100 %.
Le supplément de coupon compense-t-il mathématiquement les 10 % de garantie abandonnés ?+
Souvent oui sur la durée : +1,2 point par an pendant 8 ans = +9,6 points cumulés, soit presque la franchise entière — encaissée dans TOUS les scénarios, alors que la perte de 10 % ne survient que dans les scénarios défavorables. L'espérance est favorable ; la question n'est donc pas mathématique mais psychologique et budgétaire : pouvez-vous porter le pire cas ?
Existe-t-il des garanties partielles pires que 90 % ?+
Oui, et c'est un glissement à surveiller : 85 %, 80 %, et surtout les « garanties » conditionnelles déguisées (protégé jusqu'à −20 % de baisse, puis perte intégrale) qui ne sont PAS des garanties partielles mais des barrières — un profil de risque radicalement différent. Règle de lecture : une garantie s'exprime en « vous récupérez au minimum X % », une barrière en « si l'indice franchit Y %, vous perdez ». Les confondre coûte cher.
L'arbitrage dépend des conditions d'émission de la semaine
L'écart de coupon entre 100 % et 90 % fluctue avec les taux et la volatilité. Nous tenons le comparatif à jour émission par émission — demandez la grille du moment avec les pertes maximales écrites en euros.
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